Éducation inclusive : état des lieux

Pour la Lettre de l'IIPE, Jennifer Pye, IIPE-UNESCO, introduit les nouveaux travaux de l'institut pour aider les pays à intégrer dans leurs plans sectoriels l’éducation inclusive pour les enfants porteurs d’un handicap.

D’après les données 2018 de l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU), on estime que 58 millions d’enfants de six à onze ans et 63 millions d’adolescents ne sont actuellement pas scolarisés. Parmi eux, les jeunes en situation de handicap sont incontestablement les plus exclus.

La dernière analyse des données émanant de 49 pays (ISU, 2018) confirme que la probabilité pour que les jeunes handicapés n’aillent jamais à l’école, n’achèvent pas leur scolarité ou n’acquièrent pas les compétences de base est plus grande que chez leurs pairs non handicapés. Si globalement quelques progrès ont été faits grâce aux grands instruments internationaux en matière de politique et de droits humains, tels que les Objectifs de développement durable (ODD) et la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), pour attirer l’attention sur l’éducation des enfants handicapés, l’évolution vers des systèmes éducatifs plus inclusifs reste limitée. Bien souvent, les mesures pour donner aux individus les plus exclus accès à des possibilités d’apprentissage dans un environnement scolaire inclusif restent sporadiques et ne s’inscrivent pas dans un plan d’ensemble.

Pourtant, le regain d’intérêt, dans les travaux de recherche comme dans les études stratégiques, pour les enfants vulnérables ou appartenant à des minorités, avive la prise de conscience au sein de la communauté éducative mondiale quant aux facteurs complexes d’exclusion tels que la pauvreté, le handicap, la localisation géographique, l’appartenance ethnique, la langue et le genre. Il permet également de mieux comprendre les bénéfices sociaux et économiques d’une scolarisation commune de tous les enfants

Vers des systèmes éducatifs inclusifs

Même si les enfants en situation de handicap ont accès à l’éducation, c’est souvent dans des écoles spéciales adaptées à des handicaps spécifiques, qui n’accueillent qu’un faible pourcentage de cette population. Ces écoles ont souvent des exigences peu ambitieuses et des programmes scolaires au périmètre étroit ; elles sont peu contrôlées par les services gouvernementaux, en particulier dans les contextes de faibles ressources. Dans bien des cas, elles sont gérées par une myriade d’acteurs étatiques et non étatiques. Il y a beaucoup à faire pour promouvoir des systèmes éducatifs inclusifs accueillant tous les élèves sans distinction.

Le manque de données ralentit le progrès

Les gouvernements doivent évaluer la façon dont ils abordent concrètement l’exclusion, en particulier celle qui touche les enfants en situation de handicap. L’un des principaux obstacles est le manque de données. Les données sur les enfants handicapés sont généralement insuffisantes car beaucoup d’entre eux restent invisibles. Par ailleurs, les informations sur les infrastructures scolaires, les programmes de détection des handicaps, les programmes de formation des enseignants ainsi que les dispositifs et technologies d’assistance sont plutôt rares. Et même quand il existe des données résultant par exemple des recensements scolaires, des enquêtes sur les ménages et des systèmes d’information sur la gestion de l’éducation, la plupart du temps elles ne sont ni coordonnées ni utilisées. La coordination entre les différents ministères compétents et les organisations de la société civile fait, elle aussi, souvent défaut. Ce qui fait que les planificateurs de l’éducation ont rarement accès à des informations à jour et précises sur la situation des enfants handicapés en termes d’accès à l’éducation. Dans sa contribution au Guide méthodologique pour l’analyse sectorielle de l’éducation, Volume III, l’UNICEF, le Partenariat mondial pour l’éducation et l’IIPE s’attachent à combler ces lacunes.

La réponse de l'UNESCO

L’UNESCO mobilise l’ensemble de ses forces, notamment le Bureau international de l’éducation, l’ISU et l’IIPE, pour aider les gouvernements et la société civile à tendre vers l’objectif de systèmes éducatifs inclusifs, fondés sur la compréhension commune qu’une éducation inclusive s’adresse à tous les apprenants, en tenant compte de toutes les formes d’exclusion et de marginalisation, des disparités et des inégalités d’accès, de participation et de résultats d’apprentissage (UNESCO, 2017).

Pour avancer sur cette problématique, l’IIPE organise avec l’UNICEF, du 18 au 20 juillet 2018, une table ronde technique intitulée Disability-inclusive Education Sector Planning. Elle réunira d’autres grands partenaires du développement, des experts gouvernementaux et des organisations de personnes handicapées. Ce groupe composite de parties prenantes de huit pays d’Afrique subsaharienne et d’Asie/Pacifique fera le point sur l’éducation inclusive dans ces pays, notamment la planification sectorielle de l’éducation tenant compte de la question du handicap, et formulera des recommandations d’améliorations futures. L’attention sera en particulier attirée sur la collecte et l’analyse de données pour les besoins de la planification de l’éducation. Les conclusions seront utilisées pour élaborer les futurs programmes 2019 de formation sur la planification pour une école inclusive, soutenus par l’IIPE et l’UNICEF.


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