L’Institut International de Planification de l’Education (IIEP-UNESCO) organisait cette semaine un débat stratégique sur le rôle majeur et sans précédent de l’enseignement supérieur pour atteindre les nouveaux Objectifs de développement durable (ODD).
L’intervenante principale, Eva Egron-Polak, Secrétaire générale de l’Association internationale des Universités (AIU), a démarré la discussion en rappelant les éléments clés du nouvel agenda des ODD.
« Nous avons une vision des ODD comme étant interconnectés et exhaustifs. Il est admis que nous ne pouvons atteindre un objectif sans les autres. L’éducation et la recherche sont essentielles à tous les autres ODD. » explique-t-elle. « Nous pouvons être satisfaits car la contribution de l’enseignement supérieur aux ODD est clairement reconnue dans le nouvel agenda et l’éducation supérieur est intégrée à l’objectif d’Education (ODD4). »
Une nouvelle opportunité pour l’enseignement supérieur
Contrairement aux agendas précédents – tel que celui des Objectifs du millénaire pour le développement ou de l’Education pour tous – les ODD font référence de façon explicite à l’enseignement supérieur notamment pour son rôle pour l’apprentissage tout au long de la vie pour tous.
L’éducation supérieure joue également un rôle primordial dans la formation des enseignants et peut contribuer à l’avancement de tous les autres objectifs, allant de la santé, à l’égalité des genres, l’eau et l’assainissement mais aussi l’industrie et l’innovation.
En outre, le cadre d’action pour l’Education 2030 et la mise en œuvre de l’ODD 4 (l’objectif plus particulier pour l’éducation) souligne l’interdépendance de tous les niveaux de l’éducation, du pré-primaire à l’enseignement supérieur, et de l’éducation formelle et informelle.
Alors que le nouvel agenda est une bonne nouvelle pour l’enseignement supérieur, Eva Egron-Polak a également souligné plusieurs points de vigilance et défis à relever.
Défi #1 : Faire en sorte que l’enseignement supérieur fasse partie intégrante du nouvel agenda
L’événement a souligné l’importance pour l’enseignement supérieur d’être reconnu en tant que faisant partie intégrante du plan de mise en œuvre des ODD et non simplement comme l’un des objectifs cibles. Pour le moment, E. Egron-Polak s’inquiète de ce que l’intégration de l’enseignement supérieur dans le nouvel agenda ne soit pensée qu’après coup.
Pour faire face à cela, l’IAU appelle à une reconnaissance plus large du rôle de l’enseignement supérieur pour la planification, la conception des programmes, la formation des enseignants, les évaluations et l’utilisation des TIC. Pour aider à diffuser des connaissances et mieux intégrer les établissements de l’enseignement supérieur (EES), E. Egron-Polak a rappelé qu’il faut lutter contre la création perpétuelle de silos, à la fois dans le secteur de l’éducation et au sein des institutions.
Défi #2 : mobiliser les institutions de l’enseignement supérieur à travers le monde
Les institutions de l’enseignement supérieur ont besoin d’être informées et mobilisées pour s’engager globalement sur l’agenda des ODD et pour l’Education 2030. C’est particulièrement le cas pour les universités des pays industrialisés ou celles en dehors du cercle des Nations Unies.
« Les ODD ne sont pas dans le radar des pays industrialisés, et s’ils le sont, ils le sont alors de façon minime sur des sujets liés à l’environnement ou pour rendre un campus plus vert. Et le niveau de connaissances autour de l’Education 2030 est encore moins élevé, » explique E. Egron-Polak. « Nous devons sensibiliser et montrer concrètement comment les universités peuvent contribuer. »
Défi #3 : passer des objectifs à l’action
Le troisième défi, souligné par E. Egron-Polak, concerne la question de savoir comment nous pouvons changer ces objectifs en stratégies et en actions concrètes et réalisables au niveau des gouvernements et des institutions. E. Egron-Polak a d’ailleurs pris l’exemple de l’objectif 4.3 : « D’ici à 2030, faire en sorte que les femmes et les hommes aient tous accès dans des conditions d’égalité à un enseignement technique, professionnel ou tertiaire, y compris universitaire, de qualité et d’un coût abordable ».
Pour faire converger ces trois objectifs – accès, coût abordable et qualité – elle affirme que les pays et les EES doivent élaborer différentes stratégies en fonction de leurs obstacles et ressources spécifiques. Par exemple, un accès équitable peut signifier la création d’infrastructures ou le besoin de ressources humaines ou cela peut porter davantage sur le fait de réduire les exclusions culturelles basées sur la langue, le handicap, le contexte socio-économique ou une combinaison des deux.
En tant que seconde intervenante, Michaela Martin, spécialiste programme sur les questions de politique, de planification et de gouvernances liées à l’enseignement supérieur au sein de l’IIEP, a enrichi le débat en approfondissant sur les implications du nouvel agenda pour l’enseignement supérieur.
Développer les capacités nationales
L’universalisation de l’enseignement secondaire va augmenter la pression pour l’accès à l’enseignement supérieur et le besoin de diversifier les opportunités dans l’éducation supérieure. “L’accent mis sur l’enseignement supérieur comme faisant partie intégrante du système d’apprentissage tout au long de la vie avec des voies multiples et flexibles va aussi augmenter le besoin de renforcer les capacités souvent faibles des états pour la reconnaissance, la validation et l’assurance qualité, » expliquait-elle.
Lors du débat, les participants ont mis en avant l’important potentiel des institutions de l’enseignement supérieur à contribuer à tous les ODD à travers leur rôle de producteur de savoir et d’éducateur en ressources humaines avancées. Il est crucial de les mobiliser pour le nouvel agenda international de développement et de mettre à disposition des fonds pour cibler les coopérations inter-universités.
Découvrez la présentation d’Eva Egron-Polak et cliquez ici pour découvrir notre live-tweet de l’événement.


