Ils ont imaginé les solutions de demain : rencontrez les lauréats du Hacking EdPlanning

03 Février 2021

hackathon.png

Conan Project
The Conan project working through the night of 30-31 January 2021 for Hacking EdPlanning.

Développeurs informatiques, experts en méga-données ou designers ont uni leurs forces à celles des planificateurs de l'éducation, à l’occasion du premier hackathon de l’IIPE-UNESCO. L’événement Hacking EdPlanning a été organisé en collaboration avec l’association Latitudes, qui promeut la technologie au service de l’intérêt général. 112 participants issus de dix pays se sont prêtés au jeu avec une énergie inépuisable, relevant avec brio les six défis proposés. En seulement 48 heures, une dizaine de prototypes numériques ont été développés, apportant des pistes technologiques prometteuses pour aider les pays à planifier l’éducation pour un avenir meilleur.

"Nous pensons que l'innovation, les technologies et techniques peuvent contribuer de manière substantielle à la mise en place de systèmes éducatifs équitables et de qualité d'ici 2030", a déclaré la directrice de l'IIPE, Suzanne Grant Lewis, à l'issue de la conférence Hacking EdPlanning, le 31 janvier 2021. 

Au terme d’un week-end studieux, le jury a remis deux prix : le premier pour récompenser les projets les plus prometteurs en termes d’impact pour l’éducation ; le second pour saluer l’innovation et la créativité. Le public a également pu voter pour son projet préféré, avec un Prix du public.

Prix de l'impact

EdVis : Comment aider les planificateurs de l'éducation à identifier facilement les régions où les apprenants ont de mauvais résultats, et à agir en utilisant les données d'évaluation de l'apprentissage ?

 

C’est le défi qu’a souhaité relever l’équipe "Dehta", composée de deux experts en méta-données, trois développeurs et six designers basés au Canada, et d'un chef de projet en Inde.

Cette bande de 12 participants s’est rencontrée lors d’un camp d’entraînement informatique sur BrainStation, dont ils sont tous récemment diplômés. "Le hackathon a été l’occasion de concevoir une solution répondant à un problème du monde réel", s’est félicité le designer produit, Henry Mai. Aletheia Délivré, membre de l'équipe et spécialiste des technologies de l’éducation à AlphaPlus, au Canada, abonde : "Nous avons dû nous attaquer à un  problème qui relève du développement durable. En général, ce domaine ne fédère pas autant de jus de cerveau dans l'espace technologique : c’était un défi mais aussi une immense satisfaction".

Grâce à une interface interactive et conviviale, EdVis facilite la compréhension des données d'évaluation de l'apprentissage, permettant ainsi aux acteurs de l'éducation de mieux cibler l'action politique. Les utilisateurs peuvent visualiser les résultats d'apprentissage par province et identifier les facteurs qui les influencent.

Dès le début du hackathon, l’expertise de l’équipe en matière de données a été un atout. Il a fallu d’abord interpréter un volume colossal de données, puis trouver un moyen de les organiser dans une interface intuitive. Nicholas Fan, designer produit et membre de Dehta, confirme que l’équipe est parvenue à poser les bases du projet. Il espère le voir se développer davantage. "Nous avons fait cela en un week-end seulement, imaginez tout ce qu'une équipe pourrait faire en quelques mois".

Prix de l’innovation et de la créativité – ex æquo

Conan Project : un outil d’exploration des données d’inspection scolaire

Comment un ministère de l’Éducation peut-il avoir un aperçu global des thèmes traités dans les rapports d’inspection des écoles ? Ces documents étant rédigés par milliers et généralement sous forme de texte libre, il est difficile d’analyser les résultats à grande échelle. C’est précisément ce problème que l’équipe Conan Project a cherché à résoudre. “Nous avons voulu représenter les données de manière utile ; mettre la technologie au service des utilisateurs finaux”, explique l’équipe. Constituée d’un développeur web, d’un architecte de données, d’un ingénieur informatique et de plusieurs experts en métadonnées, dont une étudiante, les sept membres, tous basés en France, ont allié leurs expertises pour le plaisir du jeu. 

“Chacun a eu un rôle  indispensable pour que l’outil fonctionne, même ceux qui ne sont restés que quelques heures : ça a été assez magique. On ne se connaissait pas tous et ce hackathon est une première pour la plupart d’entre nous. C’est une superbe expérience”, se réjouit l’équipe lauréate du Prix de l’innovation et de la créativité. 

Visionner la vidéo :

Sur la base d’un mot-clé saisi dans l’interface, comme  ‘absentéisme’ ou ‘matériel scolaire’,  l’utilisateur visualise instantanément la position des écoles liées aux rapports les plus pertinents sur cette thématique. Il peut ainsi identifier les éventuelles disparités territoriales. L’affichage prévu sur la carte permet en outre de « prendre la température » des rapports d’inspection sur la thématique recherchée : vert quand le contenu est jugé positif, rouge quand il est négatif.  

Prix de l’innovation et de la créativité ex aequo - Prix du public

EduChex : repérer les enseignants fantômes grâce au traitement du langage naturel (NLP)



80 000 enseignants fantômes en Inde. 100 000 au Pakistan. 2 500 au Niger et en Sierra Leone. Et des milliers d'autres non détectés. Cette réalité est commune à de nombreux pays du monde. Pour aider les ministères à identifier les enseignants qui ne sont plus dans les salles de classe, mais continuent de percevoir un salaire, l'équipe "Timezones" a conçu un outil digital fondé sur une intelligence artificielle (IA). "Notre solution utilise le NLP pour rationaliser et accélérer la vérification des données des enseignants pour les ministères", a déclaré Amreen Poonawala, de la Harvard Graduate School of Education, dans le discours final de son équipe. "L’outil est convivial. C'est un plug-in qui s'intègre dans les flux de travail existants et automatise le rapprochement des données sur les enseignants".

Visionner la vidéo

"C'était agréable de travailler avec tant de personnes talentueuses, tant de ‘fonctions profondes’ - et de contribuer à quelque chose ayant une vraie application dans le monde réel", a déclaré Pierce Henderson de la Harvard Graduate School of Education.  Avec cinq autres membres, originaires du Canada, d'Allemagne et des États-Unis, cette équipe répartie sur trois fuseaux horaires a rassemblé des personnes issues des mondes de l’éducation, des affaires et de la technologie. "Nous avons réuni deux équipes : une pour le “back-end” qui travaille très bien ensemble, et une autre pour le “front-end”, et je pense que ça a été la clé", a déclaré Ashley Etemadi, également de Harvard. "L'équipe est toujours la chose la plus importante". 

Prix du public ex-æquo

Athena : quand l’intelligence artificielle éclaire les rapports d’inspection

Ils s’appellent Coline, Luca, Alexandre, Paul, Valentin, Tom, Roman et Kilian et étudient tous à l’école Epitech, en France. L’équipe PoC a passé le week-end à concevoir la solution numérique Athena. Objectif : analyser automatiquement les informations contenues dans près de 4000 rapports d’inspection d'écoles irlandaises. Sur la base des fichiers mis à leur disposition, l’équipe est ainsi parvenue à restituer les “paysages éducatifs” de l’Irlande sur une carte.

Parmi ses atouts, le prototype Athena est basé sur un modèle d’apprentissage profond (ou deep learning) particulièrement innovant : le Transformer. “On ne s’attendait pas à travailler sur des technologies aussi poussées. C’est la première fois que nous utilisons un tel modèle d’IA. Cela prouve bien la complexité des besoins du secteur de l’éducation”, explique Tom Chauveau. L’ingénieure et doctorante Nefeli Paparisteidi, membre de l’équipe pédagogique d’Epitech, a apporté un soutien précieux à l’équipe. Elle a notamment établi des recommandations destinées aux ministères de l’Education cherchant à utiliser la technologie du traitement naturel du langage (ou NLP) pour exploiter les données textuelles issues des rapports d’inspection.

Visionner la vidéo : 

Les perspectives de développement de ce prototype sont nombreuses. Selon l’équipe, la solution proposée pourrait être adaptée aux contextes d’autres pays, notamment en y intégrant d’autres langues.

« Nous nous sommes démenés jour et nuit pour ce projet. Les organisateurs de l’IIPE nous ont encouragés, même à 4 heures du matin. Nous avons tous entre 19 et 20 ans. Il n’y a rien de plus motivant que de travailler sur des projets utiles, capables d’améliorer la qualité de l’éducation partout dans le monde », conclut l’équipe PoC.

En savoir plus sur le prototype Athena.