Innovations en matière de gouvernement ouvert dans l'éducation

01 Juillet 2021

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Shutterstock/Andrew Babble
Des enfants dans un centre de visite pour l'éducation à Jaipur, en Inde.

Que se passe-t-il lorsque les budgets des écoles ne sont pas clairs, lorsque les contrats pour les repas scolaires sont entachés de corruption ou lorsqu'il y a peu de confiance entre les parents et les autorités scolaires ? Les recherches en cours de l'IIPE sur le gouvernement ouvert dans l'éducation montrent comment l'autonomisation des citoyens, combinée à des données ouvertes et des informations sur les actions gouvernementales, améliore la prestation de services éducatifs dans le monde entier.

Une première série d'études de cas, menées dans le cadre du programme de l'IIPE sur le Gouvernement ouvert dans l'éducation : Apprendre de l'expérience est désormais disponible . Chaque étude – en Colombie, Inde, Ukraine et à Madagascar – se concentre sur un aspect spécifique du gouvernement ouvert : budgétisation ouverte, politique ouverte, contractualisation ouverte et audits sociaux.

Ancré dans la transparence, la responsabilité et l'intégrité, le gouvernement ouvert rend publiques les données et les informations sur les décisions, les budgets et les actions du gouvernement, et encourage la participation et un examen minutieux par les parties prenantes pour faire progresser une éducation de qualité, plus inclusive et équitable.

« En mettant en avant les meilleures pratiques – avec des preuves – ces études de cas peuvent inspirer des initiatives similaires de gouvernement ouvert qui favorisent une planification de l'éducation plus efficace, innovante et réactive en capitalisant sur le pouvoir de la participation citoyenne », déclare Muriel Poisson, coordinatrice de la recherche de l'IIPE sur le gouvernement ouvert en éducation.

Pression croissante : un catalyseur d'innovation

Ces dernières années, les progrès technologiques ont donné lieu à une quantité incroyable de données et d'informations, parallèlement à une pression croissante en faveur de gouvernements plus transparents et responsables. Pour le secteur de l'éducation, cela a poussé les pays à explorer des approches innovantes non seulement pour partager des informations avec le public, mais aussi pour consulter les citoyens et les impliquer dans la prestation de services éducatifs.

« Au sein du gouvernement ouvert, différentes modalités ont émergé – telles que les audits sociaux – et ces modèles n'exigent pas seulement des informations ou de la transparence, mais aussi de la redevabilité, un retour d'information, des réponses et des actions », explique Kiran Bhatty, chercheuse principale  au Center for Policy Recherche et auteure de l'étude de cas en Inde. « Dans le contexte indien par exemple, ces audits ont mis beaucoup de pression sur le gouvernement et modifié l'équilibre de pouvoir entre la population et ceux qui fournissent des services et prestations. »

Budgétisation ouverte en Ukraine

Comme démontré par les études de cas, un gouvernement ouvert peut avoir un impact majeur sur l'efficacité et la qualité d'un système éducatif. Par exemple, en Ukraine, l'étude de cas explique comment la plateforme Open School a traité la question des dons des parents, perçus comme des « frais » informels pour les nouveaux élèves. Comme ces paiements sont effectués en espèces, il n'y avait aucun système en place pour surveiller ces flux monétaires et s’assurer de la redevabilité des écoles et des comités de parents. Lancé en 2016, ce site internet de budget ouvert a contribué à renforcer la transparence de ces paiements, à améliorer la communication et la collaboration entre le personnel scolaire et les autorités publiques, et a conduit à une planification budgétaire plus efficace en réponse aux besoins des écoles.

« Le cas du budget scolaire ouvert en Ukraine montre le potentiel du gouvernement ouvert pour transformer les relations entre parties prenantes de hiérarchie à coopération et co-création. Cependant, ce changement nécessite une confiance et un engagement mutuels. »

- Oksana Huss, co-auteure de l'étude de cas

Politique ouverte à Madagascar

Dans les communes de Sahanivotry et Masindray à Madagascar, l'étude de cas examine les structures locales de concertation (SLC). Ces groupes locaux rassemblent les responsables de l'éducation, le conseil municipal, les agents techniques, les organisations de la société civile, les associations de femmes, les jeunes, les partis politiques et autres, autour d'une approche de politique ouverte visant à diagnostiquer les problèmes majeurs rencontrés par le secteur éducatif de manière collaborative, et à formuler des stratégies pour améliorer ensemble la qualité de l'éducation au niveau local.

« Les SLC sont des structures informatives, consultatives et participatives dont la légitimité est aussi importante que leur légalité. Elles engagent les collectivités locales à répondre aux demandes d'amélioration des citoyens.

- Harlianto Ravelomanantsoa, auteur de l'étude de cas

Contractualisation ouverte pour les repas scolaires en Colombie

À Bogotá, en Colombie, l'étude de cas analyse le modèle de contractualisation ouverte utilisée pour le programme de repas scolaires, qui nourrit près de 715 000 élèves par jour. Elle révèle comment il a permis aux parties prenantes de comprendre les processus des marchés publics en fournissant un accès direct et en temps réel à toutes les informations nécessaires. En favorisant la transparence, cette initiative a rendu possible un suivi et une surveillance appropriés de la qualité des aliments tout au long de la chaîne, de l'approvisionnement en aliments à la livraison aux élèves dans les écoles. Globalement, cela a conduit à une forte augmentation du nombre de fournisseurs, de 13 en 2016 à 53 en 2017, et à une économie totale de 62 milliards de dollars colombiens entre avril 2017 et septembre 2019.

« Le nouveau processus Colombia Compra Eficiente nous a permis de détecter des pratiques de corruption »

- Adriana Gonzalez, ancienne sous-secrétaire à l'Éducation à Bogotá

Le premier audit social en Inde

En Inde, l'étude de cas porte sur le premier audit social de l'éducation du pays, piloté dans dix États indiens, sous l'égide de la Commission nationale pour la protection des droits de l'enfant. L'étude illustre comment l'audit social – qui place les citoyens en tant qu'acteurs principaux pour surveiller leur droit à l'éducation – peut favoriser une plus grande redevabilité et renforcer l'impact du gouvernement ouvert.

Au total, des résultats tangibles sont ressortis des audits sociaux, notamment un plus grand nombre d'écoles ouvrant à temps, des enseignants plus ponctuels et des repas scolaires améliorés grâce à une surveillance publique accrue. Les groupes sociaux marginalisés, en particulier les femmes, ont également pris davantage de pouvoir, l'initiative leur ayant donné l'occasion d'exprimer leurs préoccupations et d'être entendus. Cependant, le contrôle citoyen peut également être une source de problèmes, comme ce fut le cas à Delhi. En conséquence, l'étude formule plusieurs recommandations pour une approche non conflictuelle fondée sur la collaboration.

« La participation des citoyens à l'éducation peut souvent être perçue comme une source d’antagonisme. Cependant, nous avons appris que les difficultés pouvaient être aplanies si les citoyens et les gouvernements se perçoivent sur un pied d’égalité . Lorsque les plateformes de dialogue sont formalisées et institutionnalisées, des solutions locales simples peuvent être trouvées ensemble.

- Kiran Bhatty, auteure de l'étude de cas.

Partager les conclusions de la recherche

Pour aider à diffuser les conclusions et recommandations présentées dans les études de cas, l'IIPE a collaboré avec les chercheurs et des institutions partenaires locales afin d’organiser une série de webinaires de lancement avec les parties prenantes au niveau national.

+ Quelles sont les premières recommandations de l'IIPE pour améliorer les initiatives de gouvernement ouvert ?

  • Mobiliser les acteurs et institutions spécialisés pour soutenir l'initiative, y compris les autorités publiques, les agences des marchés publics, les organisations de la société civile et autres.
  • Veiller à ce que le processus de consultation favorise à la fois l'accès à l'information et un échange plus large entre les parties prenantes.
  • Renforcer les capacités de toutes les parties prenantes, y compris par des formations techniques sur l'utilisation de plateformes en ligne, une expertise juridique sur les marchés publics ou la préparation de plans de développement de l’école.
  • Créer diverses opportunités de retour d'information (échanges en personne, outils en ligne, lignes d'assistance téléphonique, etc.) et donner de la visibilité à leur impact.

À venir prochainement : des études de cas supplémentaires sur le Pérou, le Portugal et les États-Unis, ainsi que deux études thématiques sur les comités de gestion des écoles en Inde et en Afrique subsaharienne seront publiées à l'automne 2021.