L'enseignement supérieur en marche vers 2030

   Par Michaela Martin, IIPE-UNESCO

 

L’enseignement supérieur joue un rôle important et aux dimensions multiples dans le nouveau programme de développement mondial qui vise à éliminer la pauvreté, tout en répondant à des besoins sociaux tels que l’éducation, la santé, la protection sociale, l’emploi, la lutte contre le changement climatique et la protection de l’environnement. Tous ces domaines, et d’autres encore, sont pris en compte par les 17 Objectifs de développement durable (ODD).

Partout, les campus sont appelés à jouer un rôle crucial dans le succès de ce programme ambitieux. Ils ont la capacité de fournir les ressources humaines et les connaissances pointues indispensables pour relever les défis complexes du développement durable. Le principal atout des établissements d’enseignement supérieur est l’interdisciplinarité de leurs enseignements et de leurs recherches, sans oublier leur capacité d’imaginer des solutions innovantes à des problèmes mondiaux et locaux. De par ses fonctions de formation des enseignants et de recherche en éducation, l’enseignement supérieur est un pilier du système éducatif.

Le programme Éducation 2030 est nettement plus ambitieux que les précédents Objectifs du millénaire pour le Développement (OMD), essentiellement axés sur l’enseignement primaire et l’égalité des genres. L’ODD4, qui est le but général du programme, vise à « Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Plus précisément, l’ODD4 insiste sur 12 années d’enseignement primaire et secondaire public gratuit, dont neuf années obligatoires. Il plaide pour un système éducatif intégré, qui inscrit l’enseignement supérieur dans un système d’apprentissage tout au long de la vie. Deux cibles mentionnent spécifiquement l’enseignement supérieur, notamment la cible 4.3 : « D’ici à 2030, faire en sorte que les femmes et les hommes aient tous accès dans des conditions d’égalité à un enseignement technique, professionnel ou tertiaire, y compris universitaire, de qualité et d’un coût abordable.»

Mais l’ODD4 soulève des questions à propos de l’enseignement supérieur 

Un document d’orientation sur l’enseignement supérieur produit récemment par le Rapport mondial de suivi sur l’éducation et l’IIPE examine certaines implications de la cible de l’ODD pour l’enseignement supérieur. Par exemple, l’accès pour tous dans des conditions d’égalité peut impliquer une approche d’égalité des droits ou une approche d’égalité des chances. La première fait l’impasse sur les différences culturelles, sociales et économiques et les situations de désavantage ; la seconde plaide pour des politiques de discrimination positive. Les pays devront choisir leur approche en fonction de leur propre situation, mais selon le document d’orientation et bien qu’elle prête à controverse, la discrimination positive peut être nécessaire pour corriger rapidement des inégalités profondément enracinées.

Le document traite également de la notion d’accessibilité financière à l’enseignement supérieur. Pour être abordable, il faut d’une part que les frais d’inscription et de subsistance ne fassent pas obstacle à l’accès au supérieur, et d’autre part qu’ils ne soient pas un frein à la participation et à la réussite des étudiants qui ont les aptitudes nécessaires. Or, du fait du développement rapide de l’enseignement supérieur et de l’incapacité de nombreux États de créer des places dans les établissements, une part croissante du coût de l’enseignement supérieur a été reportée sur les ménages, notamment les plus pauvres, dont les enfants sont souvent la première génération à accéder à l’enseignement supérieur. Se pose alors la question de savoir qui doit payer et quelle peut être la contribution des étudiants et des familles de milieux modestes. Les prêts étudiants soumis à des conditions de revenus et assortis de plans de remboursement acceptables peuvent, en combinant viabilité et accessibilité financières, être une solution. L’analyse plaide pour des prêts soumis à conditions de ressources, et préconise que les remboursements n’excèdent pas 15 % du salaire brut de l’ex-étudiant. 

Il n’existe évidemment pas de définition universelle de ce qu’est un enseignement supérieur de qualité. Les pays (par le biais de leur système national d’assurance qualité), les établissements d’enseignement supérieur et leurs professeurs doivent définir la qualité en fonction de leur situation : disciplines, établissements, contexte local et national. Il est par conséquent difficile de donner des orientations internationales en dehors des codes internationaux de bonnes pratiques existants, globalement très généraux.   

Les établissements d’enseignement supérieur doivent se mobiliser plus pour les ODD 

L’orientation future de l’enseignement supérieur dessinée par les ODD permet de nombreux choix nationaux et institutionnels, mais fait clairement de l’enseignement supérieur un levier du développement durable. Les 17 ODD exigent, dans l’enseignement comme dans la recherche, une coopération internationale poussée pour trouver des solutions innovantes aux problèmes écologiques et de société. Les établissements d’enseignement supérieur doivent élaborer une approche institutionnelle holistique du développement durable englobant l’enseignement, la recherche et un fonctionnement écologiquement rationnel. Au niveau mondial, il existe déjà plusieurs réseaux universitaires nord-sud et quelques universités ont pris des mesures pour intégrer systématiquement les questions de développement durable dans leur enseignement et leur recherche. Mais beaucoup d’autres établissements ont besoin d’être mieux informés sur les ODD et de mobiliser davantage la communauté universitaire pour s’engager pleinement dans ce programme mondial. C’est en particulier le cas des universités des pays industrialisés et de celles qui ne connaissent pas bien la rhétorique et le milieu des programmes d’action des Nations unies. 

Les organismes de financement de l'enseignement supérieur doivent quant à eux reconnaître pleinement le rôle que les établissements d'enseignement supérieur peuvent jouer dans la mise en œuvre des ODD avec des programmes de bourses ciblés et des possibilités de financement qui favorisent la collaboration interuniversitaire pour le développement de la recherche et de la formation dans les domaines liés aux ODD.

 

 

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