Les participants du PFA en visite d’étude en France et en Suisse

13 Avril 2015

Moment fort du Programme de formation approfondie (PFA) de l’IIPE en planification et gestion de l’éducation, la visite d’étude, organisée du 22 au 27 février 2015, a permis aux participants de visiter des écoles de l’Académie de Grenoble (France) et du Canton de Genève (Suisse). Élaboré par la Commission nationale française pour l’UNESCO et le Département de l’instruction publique, de la culture et du sport du Canton de Genève, le programme comportait 4 jours en France et 1 journée en Suisse. Consacré au thème de la décentralisation, il a permis de comparer le système décentralisé français avec le système confédéral suisse. 

Cette visite a donné aux participants l’occasion de confronter leurs idées sur la planification et la gestion des systèmes éducatifs à la réalité du terrain, d'étudier les politiques éducatives suisses et françaises et d’en tirer des leçons pour leur propres pays.

Deux participants du PFA, Alfred Kweku Ampah-Mensah, chercheur à l'Institut de planification et d'administration de l'éducation de l’Université de Cape Coast (Ghana) et N'Doli Joseph Koffi, chercheur à la Direction de la planification, de l'évaluation et des statistiques du ministère de l'Éducation (Côte d'Ivoire) ont accepté de partager ce qu'ils ont retenu de leur visite et de répondre à nos questions.

IIPE :  Chacun de vous s’est vu attribuer un thème d’observation qu’il devait approfondir pendant la visite d'étude. Quel était le sujet sur lequel vous avez travaillé et qu'avez-vous appris à ce sujet ?

Alfred Kweku Ampah-Mensah : J’ai travaillé sur les relations entre le système éducatif et le marché du travail. J’ai toujours cru que l'éducation devrait faciliter en quelque sorte l'employabilité. Notre groupe s’est concentré sur les écoles techniques et professionnelles. L'enseignement pratique dispensé par ces écoles et leur collaboration avec les employeurs et l'industrie m’ont particulièrement intéressé. Au Ghana, ce genre de collaboration très poussée entre les écoles et l'industrie privée n’existe pas. Le secteur privé accueille les jeunes comme apprentis ou stagiaires mais ça s’arrête là. À cet égard, j’ai trouvé la visite à l'Institut universitaire de technologie à Saint Martin d'Hères particulièrement intéressante. L'université collabore avec les entreprises pour élaborer des programmes d'étude et des contenus de formation, et décident ensemble des programmes qu’il faut arrêter.

N’Doli Joseph Koffi : J’ai travaillé sur le rôle du chef d’établissement. Nous nous sommes rendu compte au cours de la visite que les municipalités, conseils départementaux et conseils régionaux ont beaucoup plus de responsabilités qu’en Côte d’Ivoire. Les établissements secondaires, qui ont le statut d’« établissements publics locaux d’enseignement », ont aussi plus d’autonomie en termes administratif et financier que chez nous. En revanche, les chefs d’établissement du secondaire, qui sont formés dans une école particulière, sont limités dans leur gestion par leur Conseil d’administration, et aussi au niveau financier. En Suisse, l’autonomie des écoles et les responsabilités des chefs d’établissement sont plus étendues qu’en France. Les chefs d’établissement peuvent même recruter leur personnel enseignant et administratif. En Côte d’Ivoire, ni les collèges ni les lycées n’ont le statut d’établissement public. Il n’y a pas non plus de formation spécifique, comme en France, pour devenir chef d’établissement. Les enseignants passent un test pour devenir sous-chef ou assistant, et les chefs d’établissement sont choisis parmi eux.

IIPE :  La visite d'étude de cette année a porté sur le thème de la décentralisation. Qu'avez-vous appris à propos de la collaboration entre les différents niveaux administratifs en France ? Et quelles sont les différences entre la France et votre pays ?

Alfred Kweku Ampah-Mensah : Le Service d'éducation du Ghana met en œuvre des politiques éducatives et intervient aux niveaux national, régional et local. Comme en France, nous avons des assemblées régionales et locales qui ont des responsabilités éducatives. Mais j‘ai appris que la décentralisation, au sens strict, reviendrait à transférer le pouvoir de décision à une autorité locale, et non à le déléguer à un niveau déconcentré représentant le gouvernement central. Toutefois, encore aujourd'hui au Ghana, la plupart des autorités locales représentent le niveau central.

IIEP :  Comment la visite d'étude complète-t-elle le Programme de formation approfondie en planification et gestion de l'éducation ?

Alfred Kweku Ampah-Mensah : Les visites d’écoles et les sessions théoriques sont complémentaires. Les connaissances que nous avons acquises pendant la séance préparatoire de la visite d'étude à Paris, ainsi que les sessions plénières que nous avons eues lors de la visite d'étude, nous ont aidés à comprendre les systèmes éducatifs français et suisse, et nous ont permis de poser les questions pertinentes dans les écoles. En fait, nous avons pu confronter tout ce que nous avons appris jusqu'à présent en cours à ce que nous avons vu au cours de la visite d'étude. J‘ai particulièrement apprécié la visite des écoles pour voir sur place comment les écoles fonctionnent en France et en Suisse.

N’Doli Joseph Koffi : Avant la visite d’étude, on nous a expliqué le fonctionnement du système éducatif français. Mais ce sont les rencontres pendant la visite avec les écoles et les administrateurs qui nous ont permis de mieux comprendre ce qui nous a été dit pendant le cours. Le fait d’avoir visité deux pays qui gèrent leurs systèmes de manière si différente nous a permis d’améliorer notre connaissance des deux systèmes éducatifs en question, et la comparaison nous a également aidés à mieux appréhender les stratégies alternatives et leurs effets.

IIEP :  Y at-il quelque chose en particulier que vous avez appris au cours de la visite d'étude ou du PFA que vous aimeriez ramener avec vous dans votre pays ?

Alfred Kweku Ampah-Mensah : Pour moi, les cours sur la préparation de plans que nous suivons maintenant, après la visite d'étude, sont très intéressants parce que je n’en avais jamais fait avant. Au cours de la visite d'étude, nous avons essayé de comprendre les stratégies suivies par les Français. Nous nous en inspirons actuellement pour préparer nos propres plans. Par exemple, nous avons beaucoup d'enfants non scolarisés au Ghana, et nous avons des problèmes pour les intégrer dans le système scolaire ou sur le marché du travail. Au cours de la visite d'étude, j‘ai réalisé qu’en France, les gens qui n’ont pas de travail peuvent revenir à l'école pour acquérir certaines compétences. Ce sont des stratégies auxquelles nous pourrions réfléchir également pour apporter une réponse à ceux qui ont abandonné l'école.

N’Doli Joseph Koffi : On est à l’IIPE pour apprendre et voir ce que l’on pourrait proposer à nos différents gouvernements. En ce qui me concerne, j’ai appris que la décentralisation du système éducatif est importante pour que les communes, conseils départementaux et régionaux soient véritablement impliqués et engagés dans la gestion du système. En France, bâtiments, salles de classe, équipements des écoles primaires sont gérés par les communes. Les conseils départementaux sont responsables des collèges et les conseils régionaux le sont des lycées. La répartition des compétences est claire, ce qui permet aux communautés de s’engager dans la vie de l’école. Chez nous, des structures décentralisées existent, mais avec moins de responsabilités. Il est important que l’État parvienne à mettre en œuvre une politique efficace de décentralisation. La loi existe, mais il faut l’accompagner de stratégies appropriées et impliquer les communautés concernées en conséquence.



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