PROFITER DE LA COMPLEXITÉ DU FINANCEMENT DE L’ÉDUCATION POUR RÉFORMER ?

   Par Sylvia Montoya,  Directrice, Institut de statistique de l'UNESCO

  

L’éducation est au cœur des réflexions internationales visant à bâtir des sociétés plus intégrées et équitables. Partout dans le monde, les gouvernements ont sensiblement augmenté leurs allocations à l’éducation pour réduire la pauvreté, améliorer la santé et favoriser la coexistence démocratique. Mais le volume des dépenses et l’effort budgétaire sont-ils suffisants ?

L'analyse des données sur les dépenses d’éducation examine habituellement la ventilation des fonds publics par élève, enseignant et établissement, à chaque niveau. Mais les sources de financement, susceptibles d’avoir des effets concrets sur la distribution du revenu et la pauvreté, sont tout aussi importantes. 

Pour comprendre les dynamiques en jeu, il faut s’intéresser à la structure fiscale, son efficacité et son rôle dans la redistribution des richesses, mais aussi à l’utilisation d’autres sources de financement, comme la dette publique (qui peut fragiliser l’équilibre budgétaire) et l’aide publique au développement (APD).

LES LIMITES D’UNE ANALYSE DES DÉPENSES PAR ÉLÈVE

Les dépenses par élève attestent des niveaux d’investissement et des écarts d’opportunités d’une région à l’autre, mais pas de la qualité, ni de l’efficacité des dépenses. 

Si l’Amérique du Nord, l’Europe et l'Asie centrale affichent le taux moyen de dépenses par élève du primaire et du secondaire (par rapport au PIB) le plus élevé du monde, l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud dépensent davantage que les autres régions à proportion de leurs moyens.

UNE VISION NUANCÉE DES DÉPENSES PAR PAYS

Les dépenses d’éducation, exprimées en pourcentage du PIB et du total des dépenses publiques, traduisent le poids du secteur dans le budget national. 

Les données de 2011 montrent que l’Asie du Sud dépense moins que tous les autres pays en pourcentage du PIB (3,8 %), tandis que l’Amérique latine et les Caraïbes, ainsi que l’Europe et l'Asie centrale (respectivement 5,2 et 5,1 % du PIB), dépensent plus que la moyenne mondiale de 4,5 %. 

Les dépenses d’éducation en pourcentage du total des dépenses publiques sont un autre moyen d'évaluer l’engagement des gouvernements. Les dépenses moyennes les plus faibles se situent en Amérique du Nord (11 %), en Europe et en Asie centrale (12 %), les plus fortes se situant en Amérique latine et aux Caraïbes (16,9 %) et en Afrique subsaharienne (16,6 %). 

L’examen de ces deux indicateurs permet de porter un regard nuancé sur le financement de l’éducation. Ainsi, les résultats de l’Amérique du Nord sont relativement élevés par rapport au PIB, mais assez faibles par rapport aux dépenses publiques totales. Étant donné la richesse de cette région, la part de l’éducation dans les dépenses publiques totales devrait être plus conséquente, alors qu’en termes relatifs, cette région dépense moins que d’autres.

LA FISCALITÉ N’EST QU'UNE PARTIE DE L’ÉQUATION

Si les impôts jouent un rôle clé dans la redistribution des richesses, pour les dépenses d’éducation, les pays n'utilisent pas seulement leurs propres ressources et peuvent aussi bénéficier de transferts pouvant dépasser leurs propres recettes. 

Le niveau des dépenses dépend des structures fiscales et de leur efficacité. Les recettes publiques incluent les impôts sur la consommation ou les impôts indirects et directs sur le revenu des particuliers et des entreprises. Une structure fiscale reposant essentiellement sur les impôts indirects réduit fortement la capacité de redistribution et se révèle hautement inefficace par rapport aux impôts directs établis en fonction du revenu des contribuables. 

En Europe et en Asie centrale, une entreprise sur trois ne publie pas d'informations sur ses ventes, pour des raisons fiscales. En Asie de l’Est et du Pacifique et en Afrique subsaharienne, c’est le cas de plus d’une entreprise sur deux.

 

En modifiant le comportement des individus et la distribution des revenus, la fiscalité peut être source de distorsion dans une économie. Certes, les impôts sur le revenu varient d’un pays à l’autre. Quand le fardeau fiscal augmente avec les quantiles de revenu aux États-Unis et dans 15 pays de l’Union européenne (ratio supérieur à 100 %), c'est l’inverse dans de nombreux pays d’Amérique latine. Le fardeau fiscal relatif est plus important pour les quantiles inférieurs en El Salvador, au Guatemala et au Nicaragua, où les plus pauvres consacrent une part plus importante de leurs revenus aux impôts que les segments plus aisés de la population.

FAUT-IL RECENTRER L’AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT ?

L’APD constitue une autre source de financement. Les premières régions bénéficiaires de l’APD (Asie du Sud et Afrique subsaharienne) dépensent moins que les autres pour les élèves du primaire et du secondaire. L’Asie du Sud compte la plus forte population au monde d’enfants d’âge scolaire obligatoire. L’Afrique subsaharienne affiche le plus grand nombre d’enfants en âge de suivre une scolarité obligatoire vivant dans des pays à faible revenu. 

L’aide financière doit être conçue de manière à éviter d’évincer ou de fausser le financement domestique. Elle doit s'aligner sur les programmes et les priorités de chaque pays, favoriser l’appropriation et investir dans des capacités statistiques au service de décisions étayées par des éléments probants. Il faut garantir un financement ciblé et durable. 

Pour garantir la durabilité, le développement social et réduire les inégalités, les pays doivent s’efforcer d’améliorer leurs politiques fiscales et l’utilisation de l’APD, tout en poursuivant des stratégies efficaces de désendettement. 

  

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