Une école Zambienne répond aux défis du VIH et du sida

05 Avril 2016

 
Au début des années 2000, l’école secondaire Mulwari, située en périphérie de Livingstone en Zambie, a été très fortement touchée par la prévalence du VIH au sein de la communauté locale. L’impact sur les résultats scolaires des élèves a été très élevé, avec un taux de réussite observé tombé à 32% pour les élèves de grade 7 et 30% pour les élèves de grade 9.

« Avant, notre école était connue comme une école avec de gros problèmes, » expliquait l’un des conseillers d’orientation à Mulwari pendant une visite de l’école en Février 2016, organisée lors second Forum « Learning Champions » (tenu dans le cadre du projet de collaboration Learning Metrics Task Force).

Dix ans plus tard, les élèves sont de nouveau au niveau. L’absentéisme est un problème mineur et le taux de réussite atteint 74 % pour les élèves de neuxième grade,  71 % pour ceux de grade sept. Tout ceci en seulement 10 ans.

« L’école a réalisé qu’il y avait un problème et nous ne sommes pas restés immobiles, » expliquait la directrice de l’école Judith Mushoke. « Nous avons établi des mesures pour résoudre ce problème et élaboré un plan d’actions ciblant les étudiants et les enseignants. »

Un contexte d’apprentissage difficile

Assise à l’ombre fraiche de son bureau, Judith Mushoke, explique combien d’étudiants devaient faire face à de nombreux problèmes, interconnectés entre eux, les empêchant de se concentrer sur leur travail à l’école. Beaucoup de parents vivaient avec le VIH, devaient se débattre contre le chômage et se trouvaient donc dans des situations d’extrême pauvreté. De ce fait, les étudiants étaient souvent obligés de participer ou même de prendre le rôle de chef de famille après la mort d’un parent, ce qui a évidemment eu un impact sur leurs performances scolaires.

La consommation d’alcool augmentait chez les parents au chômage qui n’avaient rien à faire. Et avec les bars qui ouvraient tôt dans la journée, les enfants aussi, souvent, se sont mis à prendre des habitudes de ce côté et à boire.

« Les étudiants buvaient, » nous expliquait Judith Mushoke. « Même des enfants jeunes, scolarisés en grade quatre, et cela affectait fortement leurs performances scolaires. »

D’autre part, les élèves vivant avec le VIH se battent contre un manque évident de soutien que ce soit à l’école ou à la maison.  Les discriminations, les stigmatisations et la faim étaient les problèmes courants de ces enfants.

La réponse de l’école

Ayant conscience que cette situation prenait de plus en plus d’ampleur, l’école a défini un plan de d’actions visant à faire revenir les élèves absents à l’école et à créer un environnement d’apprentissage sain pour tous. L’école a créé des règles d’éducation sanitaire et amélioré son système d’information.


 

Aujourd’hui, des pancartes en bois affichent des messages autour des terrains de l’école. Le long des chemins de terre faisant le lien avec les petits bâtiments de l’école, on peut lire sur des panneaux « Dites non à la pression des autres » ou « Visitez les espaces réservés aux jeunes dans les écoles et les centres de santé ». Un jardin fleurissant, créé grâce à des dons d’ONG locales, aide aussi à fournir de la nourriture aux élèves qui ont besoin d’un apport supplémentaire pour leur journée d’école.

La réponse de l’école émane d’une approche globale et participative incluant les parents, les enseignants, les élèves et les dirigeants locaux. « Nous les avons réunis eux et d’autres partis prenantes », raconte Judith Mushoke.

L’école a formé un Groupe d’action communautaire (Community Action Groups ou CAG) regroupant des étudiants qui vont utiliser le théâtre et la poésie pour s’insérer dans la communauté et y faire de la sensibilisation. 

En expliquant les faits et la façon dont une personne peut être infectée ou non et en diffusant des messages de soutien, ces élèves ont réussi à stopper la stigmatisation. La direction de l’école a généralisé l’intégration des sujets du VIH et du sida dans les programmes scolaires ainsi que dans les évaluations scolaires afin de s’assurer du niveau de compréhension des élèves quant à ces sujets.

Le groupe de travail a aussi initié des visites aux domiciles des élèves absents pour les faire revenir à l’école. Les parents ont commencé à apporter plus de soutien à leurs enfants et à exiger des bars des environs qu’ils ouvrent plus tard et respectent les règles de limitation d’âge.

Le nouveau programme a également créé un environnement où les parents, les étudiants et les enseignants sont encouragés à bien comprendre la position de chacun et à communiquer entre eux. Ceci aide à identifier des réponses appropriées que l’école pourrait mettre en œuvre pour assurer un environnement d’apprentissage plus sain et plus sûr.

« Nous avons été capables de nous réunir et de formuler une politique pour ce lieu de travail qu’est l’école,» déclarait Judith Mushoke, la directrice. « C’est très inclusif. »