Vers une offre éducative plus équitable ? #PISAresults

20 Mars 2017

PISA 2015


Partout dans le monde, les systèmes éducatifs s’efforcent d’améliorer les résultats des apprentissages et l’équité face aux possibilités d’apprentissage. Pourtant, au cours de la dernière décennie, l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), qui mène l’étude PISA, a relevé que quelques Etats seulement ont faits des progrès significatifs en matière d’équité. Néanmoins, Andreas Schleicher, directeur de la Direction de l’éducation et des compétences à l’OCDE, a souligné à l’occasion du débat stratégique de l’IIPE du 13 mars dernier que « les données de PISA montrent également des succès incroyables ».


Voir le débat stratégique dans son intégralité (en anglais).


Le débat stratégique, très suivi, a fourni une vue d’ensemble des évolutions en matière d’équité dans l’éducation. L’OCDE a analysé les tendances des performances en sciences d’un demi-million d’élèves – représentant 28 millions de jeunes âgés de 15 ans dans 72 pays et économies – en prenant en compte de nombreux facteurs qui conditionnent à la fois les performances en science et une plus grande équité en matière d’éducation.

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OCDE
Carte des participants à l’enquête PISA


Performances en sciences et equite


« L’équité se mesure dans le lien qui existe entre le milieu social et les résultats des apprentissages » a expliqué Schleicher.

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OCDE
Performances en sciences et équité


Les données issues de l’enquête PISA 215 confirment que qualité et équité dans l’éducation ne sont pas des objectifs politiques qui entrent en contradiction. Au contraire, ils peuvent et devraient être combinés. Ainsi, en une décennie, les Etats-Unis ont faits des progrès considérables dans l’amélioration des résultats d’apprentissage des élèves issus des milieux les plus défavorisés.

Leçon 1 : L’équité est un but accessible.


« LA PAUVRETE N’EST PAS UNE FATALITE»


C’est en ces mots que s’exprime Schleicher. En effet, des pays comme le Vietnam ou la Chine  ont de meilleurs résultats en donnant aux élèves issus de milieux sociaux défavorisés une éducation de bonne qualité. Les pays avec les meilleures résultats en termes d’équité ne sont pas nécessairement ceux qui attribuent le plus de ressources financières à l’éducation, ce sont plutôt ceux qui mettent leurs meilleurs enseignants dans les classes les plus difficiles. «  Si vous donnez à une école qui a un faible niveau de performance une expertise issue des meilleurs établissements, alors vous faites réellement changer les choses », a conclu le directeur de la Direction de l’éducation et des compétences.

« La plupart des pays, y compris les plus riches, ne mettent pas suffisamment en adéquation leurs ressources et leurs besoins », a insisté Schleicher. « Notre allocation de ressource ne bénéficie pas aux enfants qui en ont le plus besoin . Mieux dépenser l’argent est un grand défi dans le monde entier bien que des progrès aient été faits. » 

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OCDE
Différences dans les dotations éducatives entre les écoles favorisées et défavorisés.


Leçon 2 : Il faut mettre en adéquation ressources et besoins.


Temps consacre a l'apprentissage et performance en sciences


Une découverte intéressante de l’enquête PISA 2015 est le fait que dans de nombreux endroits, plus les élèves passent de temps en classe, plus leurs performances sont mauvaises. D’après Schleicher, « dans un temps limité mais effectif, les élèves apprennent beaucoup ». Les résultats des apprentissages de qualité sont toujours le produit de la quantité de temps dédié aux apprentissages et de la qualité des possibilités d’apprentissages.

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OCDE



Leçon 3
: Atteindre l’équité ne passe pas par plus de temps de présence en classe, mais par de meilleures opportunités d’apprentissage.

L'influence des facteurs non-cognitifs sur les resultats d'apprentissages


L’environnement social et affectif est aussi un facteur-clé de la réussite des élèves : l’attention ne doit pas seulement être mise sur les résultats des apprentissages cognitifs. L’évaluation PISA a ainsi travaillé avec les élèves, les parents, les enseignants et les proviseurs pour s’assurer que les dimensions économiques, sociales et culturelles soient bien prises en compte.

L’OCDE va publier prochainement son premier rapport sur le bien-être de l’élève – l’une des compétences et capacités du XXIe siècle identifiées par le programme. « Parfois, les élèves qui ont de bons résultats en apprentissages cognitifs peuvent avoir de mauvais résultats d’apprentissages non-cognitifs », a souligné Andreas Schleicher.

Leçon 4 : Les apprentissages non-cognitifs doivent être pris en compte lors de l’évaluation des apprentissages.

Politique et pratique - les facteurs associes a l'equite dans la performance en sciences


Schleicher a expliqué que de nombreux facteurs sont associés au faible niveau d’équité discernable dans les résultats en sciences. Par exemple, le repérage précoce ou la sélection peuvent porter « un immense préjudice à l’équité » en sciences, car en corrélation avec la fourchette basse de l’indicateur d’implication  de l’enseignant. « Nous avons découvert que plus les écoles divisent tardivement les élèves en différentes filières, plus les enseignants semblent soutenir les élèves. » On peut tirer la conclusion que « lorsque les élèves sont divisés très tôt, c’est plus pratique pour les enseignants, qui ont l’impression qu’ils n’ont pas à apporter leur soutien aux élèves plus faibles. Lorsque cela arrive plus tard, ils ressentent le besoin de s’impliquer davantage auprès d’eux.»

Un autre facteur est financier : pour les parents disposant de peu de revenus, le faible coût de la scolarité joue un rôle dans le choix de l’école. Pour les parents plus riches, la réputation de l’école importe davantage. Dans tous les pays dans lesquels PISA a collecté les données, il existe un lien entre les résultats médiocres des élèves et les milieux défavorisés dont ils sont issus tout comme entre les bons résultats des élèves et les milieux aisés d’où ile viennent.  Selon Schleicher, « permettre de choisir les écoles renforce l’inégalité sociale ».

Conclusion


Andreas Schleicher a terminé sa présentation en réaffirmant qu’il est possible pour tous les pays d’améliorer les résultats des apprentissages de tous les élèves. « Il y a des pays qui ont montré que des élèves issus de tous les milieux sociaux peuvent avoir de bons résultats, a-t-il dit. Nous pouvons dépasser l’arbitrage qualité-équité. Sur une période de dix ans, nous avons vu comment il est possible de combler le fossé. Au cours de cette période, certains pays ont offert des possibilités plus équitables à leurs élèves. Comment mobiliser les ressources – mais aussi comment gérer nos systèmes éducatifs – les mécanismes les plus évidents ont un impact très important sur la qualité et l’équité des offres d’apprentissages offertes aux élèves  ».

Gita Steiner-Khamsi, directrice du NORRAG (Network for international policies and cooperation in education and training, un réseau pour les politiques internationales et la coopération en matière d’éducation et de formation), et discutante lors du débat stratégique, a fait plusieurs commentaires concernant la pertinence politique et la structure d’équité de PISA. Steiner-Khamsi a interrogé Schleicher sur les questions du genre, de la localité et des minorités comme les populations indigènes, ainsi que des élèves déscolarisés. Schleicher a répondu que pour « les résultats d’apprentissages cognitifs comme les sciences et les mathématiques, on ne peut plus faire de différence en termes de genre, mais que concernant les résultats d’apprentissages non-cognitifs comme la motivation et les aspirations de carrière, on perçoit des différences. » L’évaluation PISA travaille également avec les familles pour inclure les élèves déscolarisés et explore différents moyens pour tester leurs connaissances et leurs compétences, en utilisant des téléphones portables par exemple. Concernant la pertinence politique , Steiner-Khamsi a expliqué que l’évaluation PISA était « orientée » et a demandé ce qui doit être considéré comme un « système » quand elle inclut des pays, des régions et des villes ? Enfin, Steiner-Khamsi a débattu de la pertinence politique des compétences du XXIe siècle, d’une évaluation non basée sur les programmes scolaires et de comment ces éléments devraient être mesurés.

Michaela Martin, spécialiste de programme à l’IIPE et modératrice des discussions, a conclu le premier débat stratégique de l’IIPE de 2017 en partageant trois messages issus de la présentation de Schleicher. En premier lieu, la pauvreté n’est pas une fatalité à laquelle on n’échappe pas. Ensuite, la politique a un rôle à jouer, et des pays ont progressés en développant des politiques ciblées. Enfin, d’autres facteurs comme la culture ou l’environnement social ont aussi un impact sur l’équité  et la performance des élèves.

 

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Notre prochain débat stratégique aura lieu le jeudi 4 mai et sera consacré à l'équité dans l'éducation supérieure. Restez connecté !