Qualité de l’éducation dans les zones de conflit : les défis à relever

Les pays en conflit souhaitent une amélioration des stratégies visant à intégrer la prévention des conflits dans les politiques et programmes éducatifs, ainsi qu’une meilleure prise en compte de l'éducation par les bailleurs de fonds et les acteurs humanitaires

L'UNESCO a récemment accueilli les ministres de l'Éducation du Libéria, du Mali, de la Palestine, de l'Ouganda et du Tchad, le vice-ministre de l'Éducation de la Sierra Leone, ainsi que les représentants de la République démocratique du Congo et du Kenya, pour parler de leurs expériences sur les moyens d’offrir une éducation de qualité pendant et après un conflit. Avec de nombreux ambassadeurs et des représentants des délégations permanentes auprès de l'UNESCO, d’agences des Nations Unies, d’organisations bilatérales, d’ organisations intergouvernementales et non gouvernementales, de milieux universitaires et d’organisations de la société civile, ils ont participé au symposium Pour une éducation tenant compte des questions de conflits – Finalités et modalités ?, organisé avec le soutien de Comic Relief, de la Commission Européenne, de l’UNICEF et de l’USAID.

Co-organisé par l'IIPE et le Réseau international pour l'éducation en situations d'urgence (INEE) et son Groupe de travail sur l'éducation et la fragilité, l'événement a permis de présenter des solutions concrètes favorisant la mise en œuvre d’une éducation de qualité axée sur les problématiques de conflit. Parmi les intervenants, Carol Bellamy, présidente du Conseil d'administration du Partenariat mondial pour l'éducation, et Qian Tang, sous-directeur général pour l'éducation de l'UNESCO, ont attiré l'attention sur le déficit de financement de l'éducation dans le domaine humanitaire, ainsi que sur la reconnaissance insuffisante accordée à l'éducation dans le redressement post-crise. Selon eux, la communauté internationale se concentre sur l'accès, sans considération des besoins plus larges et plus profonds du secteur de l'éducation, en particulier de l'impact des conflits sur l'éducation et le rôle qu'elle peut jouer dans l'atténuation et la prévention de la violence. Ils ont appelé les secteurs humanitaires et du développement à collaborer plus efficacement pour améliorer la qualité de l'investissement éducatif post-crise.

Lamis Alami, ministre de l’Éducation de la Palestine, a ensuite souligné l'importance d’harmoniser le financement des donateurs pour réussir à mettre en œuvre des programmes éducatifs de qualité. Son homologue du Libéria, Etmonia Tarpeh, a insisté sur les répercussions négatives d’un conflit sur le processus d'apprentissage de l'enfant : « au milieu d'un conflit, il n'y a absolument aucun équilibre psychologique dans le processus d'enseignement et d’apprentissage. L'environnement devient hostile, certains enfants sont initiés à la violence et à des pratiques antisociales, tandis que d’autres entrent involontairement, et trop tôt, dans l'âge adulte ». Au Mali, suite au récent conflit, l'offre d'éducation est devenue problématique. Bocar Moussa Diarra, ministre de l’Éducation, a expliqué comment la suspension de l'aide des donateurs internationaux a eu un impact direct sur le système éducatif, risquant ainsi de rendre plus difficile le recrutement des enseignants nécessaires pour soutenir la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, et d’encourager l'abandon de l’école par les enfants, en raison du manque de nourriture et de matériels pédagogiques.

Au cours du symposium, l'INEE a lancé son pack sur l’Éducation tenant comptes des conflits, composé des « Principes directeurs pour l'intégration de la sensibilité aux conflits dans les politiques et programmes éducatifs dans des contextes de conflit ou de fragilité », d’une « Note d'orientation » fournissant des exemples et une liste d’instruments visant à mettre en œuvre des programmes tenant compte des conflits, et d’un outil de réflexion pour soutenir la conception, la mise en œuvre et l'évaluation des programmes éducatifs. Le pack propose des stratégies favorisant l’intégration de la prévention des conflits dans les politiques et les programmes éducatifs, afin de prévenir le développement de nouveaux conflits.

À la fin de l’événement, les participants ont adopté une déclaration exprimant leur volonté commune de veiller à ce que l'éducation en contextes de conflit soutienne la stabilité, les processus de paix et la prévention de la violence. La Déclaration encourage les participants à mettre en œuvre et diffuser les Principes directeurs de l'INEE et d'autres outils.

Le colloque a été suivi par un récital de Peter Yarrow, connu pour son appartenance au groupe folk des années 1960 Peter, Paul et Mary. Peter Yarrow a fait part du travail de sa fondation « Opération Respect », qui aide à développer l'empathie et la solidarité entre les jeunes du monde entier pour prévenir la violence.

>> REVIVEZ le Symposium <<

>> Voir les vidéos des discours et débats, des intreviews et du concert et
télécharger la Déclaration et d'autres documents utiles sur le site de l'INEE <<

Photo 1: Des enfants de la République centrafricaine, déplacés par une attaque de leur village, suivent les cours dans une école de brousse près de la frontière tchadienne. ©UNHCR / H. Caux
Photo 2: De gauche à droite : les ministres de l’Éducation de la Palestine, du Liberia et du Mali, et Khalil Mahshi, directeur de l’IIEP. ©IIPE

 

LIENS: