Au Soudan du Sud, « l'école fait partie du processus de consolidation de la paix »

13 Mars 2018

Esther Akumu est directrice du département des relations internationales du Ministère de l'enseignement général et de l'instruction au Soudan du Sud. Dans le dernier PoleMag, publié par le Pôle de Dakar de l'IIPE, elle répond à plusieurs questions sur le rôle important de l'école dans la construction de la cohésion sociale.

Le ministère de l’Enseignement général et de l’Instruction (MdEGI) du Soudan du Sud a élaboré un Plan stratégique 2017-2022 pour l’éducation qui aborde la question des risques. Pourquoi cette dimension a-t-elle été intégrée à la planification du secteur de l’éducation ?

La crise qui sévit depuis peu dans notre pays nous a fait prendre conscience que nous ne sommes pas prêts à affronter toutes les situations. Le conflit a forcé approximativement 1 000 écoles à fermer et l’on estime que plus de 1,8 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire n’y vont pas en raison de la violence qui règne dans l’ensemble du pays. Nous savons désormais qu’une catastrophe peut survenir à tout moment. Nous voulons être parés à toute éventualité, savoir comment réagir à tout type de situation. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a décidé d’intégrer la gestion des risques dans le récent plan du secteur de l’éducation qui couvre la période 2017-2022, en veillant à ce que cette dimension soit budgétisée.

Par ailleurs, en observant le travail de nos partenaires de l’éducation dans les situations d’urgence, nous avons constaté qu’une approche collaborative était essentielle pour obtenir des résultats. La prise en compte des risques dans la planification a permis un rapprochement du gouvernement et des différents partenaires sur cette question. L’élaboration du plan du secteur de l’éducation, dirigée par le MdEGI, a réuni un grand nombre d’acteurs du secteur de l’éducation aux niveaux central et local, la société civile, le Cluster de l’Education, l’UNESCO, l’UNICEF et l’UNHCR. Ce dialogue est très utile pour anticiper les crises susceptibles de se produire. La prise en compte de la question des risques dans la planification contribue à sensibiliser davantage les acteurs scolaires aux problèmes qui peuvent surgir. Il est fondamental que la communauté éducative possède les connaissances nécessaires pour faire face aux périodes de crise. Cette sensibilisation est une première étape vers une gestion efficace des risques.

Pouvez-vous nous expliquer plus précisément comment ce plan stratégique tient compte des risques et des vulnérabilités du système ? Pouvezvous nous donner des exemples ?

Différents enjeux directement liés à la sécurité et à la cohésion sociale ont été intégrés dans le PSE : espaces d’apprentissage sécurisés, opportunités scolaires pour les enfants soldats démobilisés et les enfants déscolarisés, amélioration de la coopération entre le MdEGI et ses partenaires du secteur de l’humanitaire. Le ministère a également développé un nouveau programme scolaire qui comprend des éléments de sécurité, de résilience et de cohésion sociale.

Les activités menées par les partenaires techniques et les responsables nationaux à travers des ateliers pratiques de planification ont contribué à éclairer les aspects techniques du travail et facilité les discussions du ministère sur l’établissement de priorités stratégiques. La participation active d’acteurs étatiques et non étatiques a favorisé l’adhésion au processus de planification. L’engagement des partenaires humanitaires et de développement est essentiel pour garantir l’alignement de la gestion des crises sur les priorités du gouvernement.

La politique de gestion des risques relève d’un processus d’ensemble qui implique la plus large participation possible du gouvernement, des partenaires, des ONG, des parents et des élèves. Ce processus est complexe, mais il est essentiel que chacun participe pour qu’il puisse être fonctionnel et efficace.


Quels résultats cette approche a-t-elle permis d’obtenir ?

En collaboration avec les partenaires, nous sommes parvenus à ce que de nombreux enfants déscolarisés retournent à l’école. L’éducation n’attend pas. Nous saluons comme une grande réussite le retour à l’école de 400 000 enfants et la création de près d’un millier d’espaces éducatifs temporaires grâce au programme Back to Learning. Les enfants déplacés à l’intérieur du pays continuent, quant à eux, d’avoir accès à l’éducation dans des camps de réfugiés ou des écoles publiques locales.

Ce processus est très positif, car tous les enfants qui vont à l’école apprennent à vivre dans l’altérité, même s’ils viennent de différentes communautés qui se considèrent parfois comme des opposants. L’école est un sanctuaire, un lieu protégé et sûr qui réunit des enfants de diverses origines. En ce sens, l’école joue un rôle dans le processus de consolidation de la paix : les enfants apprennent à vivre ensemble et transmettent ce message de cohésion à leur famille.

Au fur et à mesure que nous mettons en œuvre ce programme, la sensibilisation de la population et les capacités de résiliences sont renforcées. Un aspect fondamental de notre politique de gestion des risques est de sensibiliser les élèves et que les élèves, à leur tour, transmettent la culture de la paix au-delà de la salle de classe. Ce qu’un enfant apprend dépasse les limites de l’école. C’est ainsi que le pays évoluera. 

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