Égalité de genre dans l’éducation : creuser au-delà des évidences

19 Juillet 2021

Lorsque l’on parle des inégalités de genre dans l’éducation, on pense d’abord aux obstacles à la scolarisation des filles et des jeunes femmes. Et pour cause : les trois-quarts des enfants qui risquent de ne jamais aller à l’école sont des filles. Pourtant, des disparités existent dans d’autres dimensions de l’éducation, parfois au détriment des garçons. Pour les réduire, l’IIPE privilégie une approche intersectionnelle, qui aborde le genre à travers toutes les autres formes de discrimination et d’exclusion sociale. Explications.

Les progrès vers la parité à l’école ont été significatifs ces vingt-cinq dernières années au niveau global. Selon les données de l’UNESCO, le nombre de filles inscrites à l’école primaire et secondaire a augmenté de 180 millions sur cette période, dont 69 millions en Afrique subsaharienne. Pourtant, les filles et les jeunes femmes restent confrontées aux formes les plus graves d’exclusion, qui sont le résultat de plusieurs facteurs cumulatifs. Parmi eux, le statut socio-économique, le lieu de résidence, l’ethnicité, la religion, le fait de vivre avec un handicap…

Par conséquent, neuf millions de filles de 6 à 11 ans n’iront jamais à l’école à travers le monde, contre environ trois millions de garçons.

Pauvreté, ruralité et inégalités croisées

La récente analyse sectorielle de l’éducation (ASE) de la Sierra Leone montre que seulement 5 % des jeunes filles pauvres et rurales terminent leur scolarité dans le secondaire, contre 68 % des garçons urbains issus des milieux les plus favorisés. Cette grande vulnérabilité des filles en milieu rural a également été observée au Nigéria. Ces deux récentes ASE ‘sensibles au genre’ s’inscrivent dans le cadre de l’Initiative ‘Priorité à l’Égalité’, dont le volet technique est piloté par le Bureau pour l’Afrique de l’IIPE-UNESCO.

Au-delà de la question de la scolarisation des élèves, les inégalités de genre se manifestent dans d’autres composantes de l’éducation, comme les apprentissages ou l’orientation scolaire. On distingue généralement deux types d’obstacles. D’un côté, ceux liés à l’offre éducative, relevant directement des systèmes éducatifs, des politiques ou des établissements scolaires. De l’autre, ceux liés à la demande en éducation, c’est-à-dire les freins inhérents aux familles, aux enfants et la société au sens large. In fine, tous ces facteurs sont liés et s’impactent les uns les autres.

Et les garçons ?

Contrairement aux idées reçues, les disparités de genre dans l’éducation pèsent également sur les garçons. L’attente sociale pesant sur les jeunes hommes pour gagner un revenu peut les conduire à laisser tomber l’école avant la fin du premier cycle du secondaire. Voire à ne jamais y aller pour aider leur famille.

En Sierra Leone, 67 % des garçons qui abandonnent l’école le font pour des raisons économiques, contre 53 % des filles, selon l’ASE. Au Nigéria, les pénuries alimentaires lors de la saison des pluies et les conflits armés dans certaines régions apparaissent comme des obstacles supplémentaires à la rétention et à l’achèvement scolaire des garçons.

Agir face au poids des normes sociales de genre

Partout dans le monde, l’IIPE observe l’engagement croissant des pays sur le plan politique et juridique en faveur d’une égalité de genre dans l’éducation. Alors que les grossesses et les unions précoces font partie des premiers facteurs explicatifs du décrochage scolaire des filles dans le secondaire en Afrique subsaharienne, de nombreux États ont récemment levé les interdictions qui empêchaient jusque-là les filles enceintes de venir en classe. La Sierra Leone et le Mozambique ont notamment fait ce choix en 2020. C’est un exemple d’avancée notable vers une éducation plus inclusive. « Toutefois, la présence de normes de genre solidement ancrées au niveau local, combinée à une faible capacité institutionnelle, peuvent entraver la mise en œuvre des politiques et des stratégies relatives au genre dans l’éducation », explique Fabricia Devignes, responsable du programme Priorité à l’Egalité à l’IIPE-UNESCO Dakar.

Les normes sociales de genre correspondent à l’ensemble des idées, stéréotypes et règles implicites qui dictent de manière consciente ou inconsciente la manière dont une personne devrait supposément être et agir, selon qu’elle est femme, homme, fille ou garçon.

Ces normes se manifestent, par exemple, à travers une règle tacite qui enjoint les hommes à être forts et à entretenir financièrement leur famille.  Ou par le conditionnement de l’orientation scolaire des garçons vers des parcours technologiques et scientifiques… et moins vers les métiers du ‘care’, par exemple (services à la personne, sanitaire et social), associés à des salaires moins élevés. Au Niger, seulement 6 % des diplômé.es des filières sciences, technologie, ingénierie et mathématiques sont des femmes.

L’école peut jouer un rôle clé dans la contestation de ces normes de genre, dont l’impact peut avoir de graves conséquences sur l’éducation des enfants et sur l’autonomisation économique des femmes. Mais elle peut aussi les renforcer et les reproduire, si les politiques et systèmes éducatifs ne sont pas fondés sur les principes de l’égalité de genre.

« Dans l’éducation, nous observons d’importantes différences de traitement des filles et des garçons, liées aux réalités socio-économiques, à l’ethnicité, à la vulnérabilités aux conflits ou aux normes sociales de genre. Prendre en compte ces spécificités est une manière de produire des analyses et des plans sectoriels de l’éducation plus complets et plus efficaces. »

Fabricia Devignes, responsable du programme Priorité à l’Égalité à l’IIPE-UNESCO Dakar

Planification de l’éducation sensible au genre : quelles conditions, quelles solutions ?

La planification de l’éducation sensible au genre ne se limite pas à la formulation de stratégies visant à lutter contre les inégalités de genre. Elle doit prendre en compte le poids des normes et des rôles sociaux liés au genre à la fois dans les processus et les contenus.

Outre l’appui de l’IIPE à tout le processus de planification sensible au genre, renforcer la sensibilité des budgets au genre est un des leviers techniques promus par l’institution auprès des pays membres de l’Initiative Priorité à l’Egalité. Cette approche permet ainsi de garantir que les investissements du secteur éducatif font progresser l'égalité de genre.

L’IIPE œuvre également aux côtés des pays en faveur de l’intégration du genre au sein même administrations éducatives. Il s’agit de renforcer leur capacité à introduire, de façon systématique et réfléchie, la dimension de genre dans leur fonctionnement. Cela passe notamment par le renforcement des capacités de tout le personnel des ministères de l’éducation sur la question du genre, et à tous les niveaux. Ou encore par une meilleure représentation des femmes aux postes à forte responsabilité dans les ministères de l’éducation.

Formation
Mercredi 15 Février 2023
Mercredi 26 Avril 2023