Eswatini : donner aux enfants handicapés la possibilité de « déployer leurs ailes »

09 Décembre 2021

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©Ministry of Education and Training, Eswatini / Ministère de l’Éducation et de la Formation, Eswatini
Quatre lycées inclusifs ont été construits dans les différentes régions de l’Eswatini. Ici, des « x » ont été dessinés sur le sol pour illustrer la distanciation sociale nécessaire durant la COVID-19.

Lorsqu'une cabine de toilettes dans une école est trop étroite pour un fauteuil roulant. Lorsque le passage précipité à l'apprentissage à distance laisse un élève sans technologie d'assistance ni soutien de la part de l'enseignant·e. Ce sont là quelques-unes des formes d'exclusion qui peuvent empêcher un·e étudiant·e handicapé·e d'accéder à l'éducation. Cependant, lorsque ces obstacles peuvent être supprimés, le passage à l'éducation inclusive – dans laquelle tous les enfants et les jeunes bénéficient de la même éducation – peut avoir lieu.

L'éducation inclusive est intégrée dans de nombreux cadres juridiques et constitue un élément central de l’Agenda 2030 des Nations Unies. La réalisation de cet objectif de développement durable n’en demeure pas moins complexe. C'est pourquoi, au cours des deux dernières années, l'IIPE et l'UNICEF se sont associés pour proposer un cours sur les fondements de la planification de l’éducation intégrant le handicap.

A ce jour, 210 membres des personnels techniques des ministères de l'Éducation de quatre régions (Afrique orientale et australe, Asie du Sud, Asie de l'Est et Pacifique, Afrique francophone) ont pris part à ce cours de neuf semaines. Une première évaluation révèle que son impact est réel sur les systèmes éducatifs des pays participants comme l'Eswatini.

Changement de cap

Au début 2021, quatre écoles secondaires inclusives - les premières du genre - ont ouvert leurs portes dans les quatre régions de l'Eswatini. Grâce aux normes de conception universelle et au financement du gouvernement japonais, les apprenant·es n'ont plus à parcourir de longues distances pour suivre un enseignement secondaire adapté. La taille de ces classes est limitée à 35 élèves et les enseignant·es ont suivi la formation requise pour l'éducation inclusive et les besoins particuliers.

Ces écoles ont été conçues pour favoriser l’inclusion de tous les élèves, quelles que soient leurs difficultés, dans des classes ordinaires, adaptées à leur âge et situées à proximité de leur lieu de résidence. Elles ont pour but d’assurer que ces élèves reçoivent un enseignement  et un soutien de qualité qui leur permettent de réussir le programme de base. Ces écoles s'inscrivent dans une évolution plus globale du pays vers une éducation inclusive.

Deux représentant·es du ministère de l'Éducation et de la Formation ont participé à la formation de l'IIPE et de l'UNICEF : Phumzile Magagula, Coordinatrice de l'approche sectorielle, et Cebsile Nxumalo, Inspecteur principal pour les besoins éducatifs particuliers. En évoquant la formation, ces personnes font unanimement référence à un outil clé : un cadre conceptuel pour faire progresser l'inclusion, qui les a accompagné·es tout au long du cycle de planification – depuis l’analyse du secteur de l'éducation jusqu'à un nouveau plan sectoriel décennal, en passant par le plan de mise en œuvre.

« Lorsque nous élaborons des plans d'éducation, nous les comparons au cadre, pour voir si nous disposons de suffisamment de fonds pour répondre aux besoins des enfants handicapés, si l'environnement scolaire est propice et si les enseignant·es sont correctement formé·es », explique Phumzile Magagula. « Par exemple, si l'environnement n'est pas propice à une éducation inclusive, il est impossible pour les enfants handicapés d'être scolarisés. »

Le cours a également influencé les processus de collecte et d’analyse des données, un élément central pour s'assurer que l’ensemble des apprenant·es, y compris celles et ceux avec un handicap sensoriel, physique ou d'apprentissage, aient accès à l’éducation. Un nouvel outil a ainsi été utilisé pour suivre en particulier les enfants atteints d'albinisme ou vivant avec des déficiences visuelles et auditives dans leur expérience des programmes d'apprentissage à distance développés en réponse à la COVID-19.  Le recours à des livrets imprimés pour les enfants ayant un accès limité à internet a, par exemple, été étudié. Tout comme les moyens de préserver l'interaction vitale entre les élèves et les enseignant·es, même lorsque l'apprentissage se fait à distance.

« Tout est désormais examiné sous l'angle du handicap », explique Nxumalo. « Nous pouvons vérifier si nous sommes sur la bonne voie et si nous couvrons l’ensemble des besoins lorsque nous élaborons notre plan sectoriel. Nous savons aussi que nous avons besoin de la participation de chacun·e tout au long du processus. »

La prise en compte du handicap a d'abord été intégrée à l'analyse du secteur de l'éducation de 2021. Ses architectes ont adopté une approche participative, incluant les nombreux partenaires qui soutiennent les apprenant·es handicapé·es. Les questions habituellement posées dans le cadre de ce processus ont été réorientées afin de tenir compte de tous les besoins, et les données récoltées ont porté sur les taux d'accès à l’éducation, les types de handicap, ainsi que des défis comme le redoublement dans les premières classes.

Cela a également fourni une base factuelle pour l'élaboration du prochain plan sectoriel de l'éducation (2022-2034), qui appelle à une croissance inclusive pour tous les enfants, y compris les plus défavorisés.

Des progrès dans un contexte difficile

Ces progrès ne vont toutefois pas sans nouveaux défis. La COVID-19 a entraîné des fermetures prolongées d'écoles, et l'instabilité politique récente, ainsi qu'une tempête d’une extrême violence au début de 2021, ont encore compliqué l'apprentissage au Eswatini. Si pratiquement aucun élève, ni aucune famille n’ont été épargné.es, les effets ont été particulièrement néfastes pour les apprenant·es vulnérables, y compris les personnes handicapées.

« Nous n'avons jamais connu de crises d'une telle ampleur, déclare Nxumalo. Nous retournons à la « planche à dessin » et nous devons ré-imaginer l'éducation, non seulement pour faire face à la pandémie, mais pour toute crise. » A l'avenir, ce planificateur et sa collègue sont déterminé.es à mettre en œuvre de nouvelles solutions d'apprentissage mixte inclusif, afin d'accompagner au mieux les apprenant·es.

« Nous devons donner à tous les enfants handicapés la possibilité de déployer leurs ailes », déclare Magagula.

 

Regardez le court-métrage du cours de formation de l'IIPE et de l'UNICEF : Aidons Fahma à retourner à l'école !

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