Interview : transformer l’éducation au Liberia

31 Mai 2024

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©IIEP-UNESCO
Abdallah Housseini, du ministère de l'Éducation du Liberia, a participé au séminaire sur le leadership en éducation de l'IIPE 2024.

Abdallah Housseini est récemment devenu le directeur de la planification, du suivi & de l’évaluation au ministère de l’Éducation du Libéria. Il vient de finir deux programmes de l’IIPE qui, selon lui, ont transformé l’approche du ministère en ce qui concerne la conduite du changement dans l’éducation, notamment pour l’utilisation des données d’évaluation des apprentissages et l’engagement des parties prenantes.

Quels sont les plus grands défis pour l’éducation au Libéria, et comment les formations de l’IIPE, notamment le séminaire sur le leadership dans l’éducation, ont-elles aidé le ministère à mieux implémenter les réformes ?

La mise en œuvre et la conception des politiques est une question cruciale au Libéria. Nous développons généralement des politiques basées sur des sentiments et des impressions, plutôt que sur des données et des éléments tangibles. Lorsque des politiques sont élaborées, nous ne pensons généralement pas à la feuille de route et à ce qu’il faut faire pour que cette politique soit pleinement appliquée à tous les niveaux. Nous ne tenons pas compte des questions que nous étudions aujourd’hui autour de l’engagement inclusif des parties prenantes ou l’existence d’un environnement propice, en s’assurant notamment que les institutions chargées de mettre en œuvre les politiques ont la capacité, les compétences ou la logistique pour le faire. C’est ainsi que la plupart des politiques stagnent au niveau central.

Vous avez récemment participé au programme de l’IIPE-UNESCO sur les fondements de la planification du secteur de l’éducation. En quoi pensez-vous que ces deux cours se complètent ?

Le module, le programme et les activités constituent un bon prolongement de ce que nous avons appris au cours du programme sur les fondements de la planification du secteur de l’éducation. Cela correspond parfaitement aux rôles et responsabilités que j’assume en tant que directeur de la planification au ministère.

Le premier programme a eu un impact considérable sur mes performances à mon retour au Libéria. Nous nous sommes penchés sur la question des données. L’expérience et les leçons apprises m’ont aidé à identifier des indicateurs d’éducation qui n’apparaissaient même pas dans nos rapports annuels, par exemple liés au taux de non-scolarisation. Il est clair que les capacités du ministère sont limitées.

J’ai été très heureux parce qu’à mon retour, j’ai participé à un programme à l’UNICEF où j’ai présenté des données qui ont été utilisées en tant que données gouvernementales dans un rapport sur leurs interventions au Libéria. C’était énorme.

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Vous rappelez-vous d’une situation spécifique dans laquelle vous avez dû faire preuve de solides compétences en leadership et, après réflexion à l’issue de ces deux cours, auriez-vous abordé cette situation différemment ?

Ce cours nous a permis de mieux comprendre notre style de leadership. Nous avons fait une évaluation au cours du séminaire sur le leadership dans l’éducation, et je crois sincèrement que cette évaluation correspond parfaitement à ma personnalité. J’ai également pu identifier les styles de leadership des autres personnes. Avant le rapport, il y avait certaines situations que j’avais franchement du mal à gérer. Par la suite, il est arrivé que je change ma façon de diriger pour écouter davantage, pour être le dernier à prendre la décision finale par rapport aux personnes de mon bureau que je supervisais.

Qu’avez-vous appris des réalités des pays où travaillent vos collègues ?

Au cours du programme sur les fondements de la planification du secteur de l’éducation, nous avons effectué un travail de groupe avec trois collègues d’autres pays. C’était formidable, car nous avons pu en savoir plus sur le fonctionnement d’autres systèmes. J’ai pu mieux comprendre leurs rôles et leurs responsabilités. J’ai réalisé que les défis étaient les mêmes dans tous les pays, quelle que soit la taille du système ou le budget dont ils disposent : les problèmes restent les mêmes, qu’il s’agisse des programmes d’études, du matériel d’enseignement et d’apprentissage, de la gestion des enseignants, des stratégies et des données.

J’ai rencontré un collègue égyptien. Nous avons 6 000 écoles au Libéria et il y en a 55 000 en Égypte. Malgré cette différence, nous avons les mêmes problématiques.

Ce cours a permis de renforcer les relations avec d’autres collègues. Nous pensons qu’il est possible de faire beaucoup plus. J’espère que nous pourrons continuer ce réseau, qui pourrait être un bon espace pour poser des questions et voir quels pays ont mené des actions pour relever des défis spécifiques, afin que nous puissions apprendre les uns des autres, partager nos expériences, partager nos ressources.

Comment pensez-vous que ce séminaire vous aidera dans votre travail dans votre pays d’origine ?

J’ai beaucoup apprécié les modèles de ressources. Par exemple, nous avons effectué un travail dans le cadre du séminaire qui portait sur le développement d’une feuille de route pour la mise en œuvre, et il s’agit d’un modèle que je peux utiliser à l’avenir lors de l’élaboration des politiques.

Le programme sur les fondements de la planification du secteur de l’éducation proposait un modèle de données éducatives que j’utilise actuellement pour générer des indicateurs. Cela m’aide à mieux planifier et j’en suis très reconnaissant. Les outils que nous recevons vont vraiment améliorer nos performances.

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