L’abandon scolaire, un phénomène chronique en Haïti

26 Octobre 2020

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Des élèves haïtiens dans une petite école de la commune de Cité Soleil, dans le département de Port-au-Prince
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Des élèves haïtiens dans une école de Cité Soleil, département de Port-au-Prince

Alors que le taux d’abandon scolaire est déjà de 7 % au cours de la première année de primaire, Haïti continue de perdre un nombre important d’élèves tout au long du cycle d’enseignement fondamental. Environ 40 % abandonnent avant la fin de la 9e année. Les causes sont d’autant plus complexes que le système éducatif haïtien est fragile, tant sur le plan de la gouvernance, de l’accès à l’école que de la qualité de l’enseignement. Avec de grandes disparités départementales à prendre en compte pour planifier.

En Haïti, certains indicateurs liés à l’éducation sont plutôt encourageants. L’entrée en première classe de primaire est désormais quasi-universelle et l’accès à l’éducation s’est globalement amélioré ces dernières années. 

Le taux d’abandon, en revanche, reste inquiétant. Environ 10% des élèves haïtiens abandonnent avant la 6e année d’enseignement fondamental et 40% avant la fin de la 9e et dernière année, selon les estimations de l’analyse sectorielle nationale réalisée en 2019. Sans être exceptionnel dans ce pays où les crises sont hélas assez chroniques, le contexte de l’année scolaire 2019-2020 n’arrange rien. Les écoles ont en effet fermé une première fois à l’automne dernier lors du blocage du pays lié à la situation socio-politique, puis de nouveau, quelques mois plus tard, à l’arrivée de la pandémie de COVID-19. 

"L’abandon scolaire en Haïti est un phénomène national, dont les facteurs sont à la fois endogènes - c’est-à-dire propres au système éducatif - et exogènes. Ils peuvent être différents et/ou se combiner d’une manière différente d’un département à l’autre voire d’une commune à l’autre".

Hélène Bessières - Coordinatrice de la mission d’appui au renforcement des capacités des directions départementales de l’Éducation en Haïti

 

Abandon scolaire : les disparités départementales en chiffres


Le système éducatif haïtien se base sur un cycle enseignement fondamental de 9 ans, décomposé en trois phases. 

  • Le diagnostic de la DDE du Sud a montré que les taux d’abandon du département étaient relativement faibles : 3 % en 1AF (première année de primaire), pour grimper toutefois à 8 % en 5AF et 11 % en 6AF.
  • À l’inverse, dans le département de l’Artibonite, au Centre-Ouest d’Haïti, les taux d’abandon se maintiennent autour de 6 % en 1AF, pour bondir à 31 % pour la seule année de 5AF puis 23 % en 6AF. 

Face à de telles différences, la mise en œuvre d’une stratégie propre à chaque département apparaît donc indispensable.

Des causes multiples et intriquées 

Le phénomène d’abandon scolaire est unanimement reconnu comme complexe, en Haïti comme ailleurs. Les facteurs déclencheurs peuvent relever non seulement de variables macro-sociétales, mais aussi de l’environnement scolaire et familial propre à chaque élève.

Parmi les causes globales pouvant expliquer l’importance de ce phénomène de déperdition scolaire en Haïti, le coût de l’éducation est une première clé de lecture. Dans ce pays, souvent décrit comme l’un des plus pauvres au monde, les écoles privées représentent 85 % de l’offre scolaire dans le cycle d’enseignement fondamental, et davantage encore dans le secondaire. 

Erick Derius est responsable de la planification au sein de la direction départementale de l’Éducation (DDE) du département Nord. Courant 2019, cet ancien directeur d’école a participé à la réalisation d’un diagnostic du système éducatif départemental, dans le cadre d’une mission d’appui technique de l’IIPE en Haïti. Il apporte son éclairage :

 

Lire la retranscription


"En Haïti, notre système éducatif est occupé à 85% par le secteur privé. Cela signifie que la majorité des écoles sont payantes. Les parents doivent supporter les frais d'inscription, acheter les uniformes, les ouvrages, etc. Avec la pauvreté, l'élève ne trouve pas tout ce qui est nécessaire pour aller à l'école et suivre sa formation. Cela génère beaucoup de redoublements. Les redoublements sont aussi une grande cause de l'abandon scolaire.

Les élèves sur-âgés : cause et conséquence de l’abandon scolaire


80 % des enfants qui abandonnent l’école en Haïti sont « sur-âgés ». Nombreux, en effet, sont les élèves arrivant à l’école primaire bien après 6 ans, faute d’établissement scolaire à proximité - entre autres raisons. Parfois beaucoup plus vieux que leurs camarades, « ces élèves n’ont pas toujours les mêmes capacités de suivi et peuvent être stigmatisés », explique Antoine Gélin Faverdieu, inspecteur au sein de la DDE Sud, également en formation à l’IIPE pour développer ses compétences de planificateur. Résultat : ils redoublent et/ou abandonnent, alimentant constamment le phénomène. Quand ils sont temporaires, les abandons scolaires contribuent également à entretenir le cercle vicieux. La DDE du Nord estime que 64 % de ses élèves sont sûr-âgés, sans distinction notable en fonction du sexe. 

L’extrême pauvreté du pays, l’instabilité politique, les risques sécuritaires, le niveau de qualification des enseignants, la vétusté des locaux scolaires, la présence ou non d’une cantine scolaire, la barrière de la langue dans un pays où le créole prévaut parfois sur le français dans les usages familiaux, sont autant de causes connexes de l’abandon scolaire dans le pays. 

Face à ces grands défis, renforcer les capacités des DDE en matière de planification et de pilotage stratégique apparaît comme une étape importante dans la démarche globale d’amélioration du système éducatif haïtien. 

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