Le rôle des agents de changement dans l’amélioration de l’école

21 Janvier 2019

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Global Partnership for Education/Mediabase

Par Charlotte Jones, Directrice mondiale de la R&D, et Matt Davis, Directeur régional du R-U, Education Development Trust

Une nouvelle analyse de l’Education Development Trust (EDT) s’intéresse au rôle des agents de changement au niveau intermédiaire dans les systèmes éducatifs.

Et vous, que feriez-vous si votre médecin vous disait que si vous ne changez pas de régime alimentaire vous risquez une maladie mortelle ? Aussi étrange que cela puisse paraître, la réponse la plus courante est : « Pas grand-chose ». Les études montrent que nous sommes près de 80 % à ne pas suivre les consignes des médecins. Changer de comportement est difficile, même si c’est une question de vie ou de mort. 

Les responsables des politiques publiques le savent bien : alors que le débat mondial sur les politiques d’éducation se recentre sur la qualité et la réforme de la formation des enseignants, la question n’est pas de trouver des pratiques efficaces, mais de savoir comment diffuser et adapter ces pratiques à chaque classe. 

L’EDT s’est récemment penché sur ce problème. L’une des évolutions les plus prometteuses observées est l’émergence d’un nouveau type de professionnel de l’éducation : un groupe d’agents de changement au niveau intermédiaire du système, qui travaillent directement avec les écoles et les enseignants. 

En Jordanie, par exemple, nous avons contribué au déploiement de superviseurs spécialisés dans certaines matières et intervenant dans plusieurs écoles. Ils servent d’intermédiaires pour faire accepter les innovations internationales en matière de pédagogie à fort impact en les adaptant aux besoins des enseignants. Au Kenya, nos coachs en éducation transforment la pratique enseignante dans les écoles des bidonvilles de Nairobi. Au Rwanda, les responsables politiques ont entrepris de revoir la supervision de l’éducation en mettant en place un nouveau groupe de responsables du système. En Angleterre, les meilleurs professeurs de mathématiques jouent le rôle de « Core Maths Leads » pour aider leurs pairs à se familiariser avec les nouvelles techniques pédagogiques. 

Obtenir des résultats

Dans tous les cas, ces agents de changement sont sélectionnés parmi les meilleurs praticiens locaux. Mais cela ne suffit pas pour obtenir des résultats. Il ressort de notre étude que les agents de changement qui ont le plus d’impact sont ceux qui possèdent une palette de compétences distinctive. En suscitant le changement : 

  • ils insufflent une énergie et une volonté de faire advenir le changement – ils bâtissent une solide vision du changement, inculquent le sentiment que quelque chose est possible et la passion de l’amélioration ; et remettent en question le statu quo de façon constructive ; 
  • ils renforcent les capacités et créent une culture de l’apprentissage – ils soutiennent les autres, les incitent à s’améliorer et à partager leurs pratiques ; ils excellent dans le coaching ; ils dissipent les craintes des enseignants et leur redonnent confiance ; 
  • ils facilitent la communication des données et mobilisent les connaissances – ils évaluent de façon diplomatique les lacunes locales en termes de connaissances et traduisent les données recueillies de sorte qu’elles aient toutes les chances d’être utiles dans le contexte local. 

Pourquoi ces compétences sont-elles si importantes ? Parce que seul un climat de confiance permet au changement d’advenir. Nous avons constaté à maintes reprises que la réussite du changement résultait d’une combinaison de forte expertise, de crédibilité en tant que pair ayant enseigné dans le même contexte, et la capacité et la volonté de mettre en œuvre cette expertise en donnant des moyens d’agir au lieu de contrôler et d’accabler. Cela suppose que les enseignants aient de nouvelles idées dans lesquelles ils croient, qu’ils soient motivés par les nouvelles possibilités et qu’ils soient soutenus pour interpréter les nouvelles techniques en fonction de leur contexte. Comme nous le rappelle Atul Gawande, grand penseur du changement des systèmes de santé :

« Quand ils décident d’adhérer [à une nouvelle idée], les gens suivent l’exemple de personnes qu’ils connaissent et dans lesquelles ils ont confiance. Tout changement requiert un effort et la décision de faire cet effort est un processus social » (The New Yorker, Slow Ideas, 29 juillet 2013). 

Quel enseignement les responsables politiques doivent-ils en tirer ? Qu’il faut investir dans le processus social. De tels agents de changement qualifiés peuvent en être les moteurs. Ce sont ces professionnels qui permettront une mise en œuvre durable des nouvelles pratiques dans toutes les classes.

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