Le salaire des enseignants : un prérequis pour réformer

24 Août 2020

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Une enseignante et ses élèves dans une école de Guyaquil, en Équateur
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Une enseignante et ses élèves dans une école de Guyaquil, en Équateur

Partout dans le monde, l’enseignement connaît un déficit d’attractivité. Pendant deux ans, une équipe de recherche de l’IIPE a travaillé sur la question des réformes de la carrière des enseignants dans 10 pays. Une des conclusions de ce projet est catégorique : la révision salariale est une condition préalable et indispensable à toute tentative de revalorisation du statut des carrières enseignantes. Explications. 

Un levier clé pour motiver et retenir les enseignants 

« Dans tous nos terrains de recherche, nous avons remarqué que les enseignants interrogés se désintéressaient des réformes concernant leur carrière dès lors que leurs salaires n’avaient pas été revus à la hausse », explique Chloé Chimier, chercheuse à l’IIPE. Pourtant, l’adhésion des enseignants est primordiale pour réformer, au risque d’entraîner des résistances ou un sentiment de marginalisation au sein de la profession. C’est ce qui a été observé en Colombie et au Mexique, suite aux réformes engagées ces dernières années. 

Dans les pays où les salaires des enseignants sont restés plus bas que ceux des métiers perçus comme comparables en termes de statut - en Equateur et en Ethiopie par exemple -, réformer les carrières n’a pas eu d’impact significatif sur le plan de l’attractivité. 

Tant que les enseignants et la société [équatorienne] penseront que la rémunération est inférieure à celle des agents de santé ou des forces de sécurité, tout effort de repositionnement de cette profession sera vain.

Cintia Chiriboga Montalvo et Joselyn Pinto Haro, auteures de l’étude de cas sur la réforme des carrières enseignantes en Equateur, parue en 2019 dans le cadre du projet de recherche de l’IIPE. 

À l’inverse, la Thaïlande a réussi à renverser le déclin du statut de la profession. Dans les années 2000, le pays avait fait le choix d’augmenter substantiellement la rémunération de ses enseignants, entre autres actions sur les parcours de carrières. Selon les recherches de l’IIPE, l’attractivité des salaires est un des facteurs explicatifs du regain de motivation et du fort taux de rétention des professeurs aujourd’hui observé en Thaïlande. Non sans conséquences et controverses sur le plan financier et organisationnel, au niveau national. 

Grilles de salaire et enjeux nationaux

Différentes approches sont possibles pour revaloriser les salaires des enseignants. « Les pays qui ont besoin d’attirer un grand nombre de candidats de qualité peuvent privilégier des salaires compétitifs en début de carrière, avant d’aplatir ensuite la courbe du barème salarial », expliquent les chercheuses Barbara Tournier et Chloé Chimier. 

La durée passée dans chaque échelon avant de se hisser au niveau supérieur peut également être adaptée, pour remotiver les enseignants en milieu de carrière, ou les encourager à se former en continu. 

Si la question des primes aux enseignants est relativement clivante, la progression salariale fondée sur l’évaluation apparaît comme une autre option permettant de lier rémunération et performance. Selon les chercheuses de l’IIPE, les primes peuvent saper la motivation intrinsèque des enseignants à long terme, ou autrement dit leur intérêt inhérent pour leur métier et leur plaisir à enseigner.  

Quel impact sur la qualité de l’enseignement ?


Au-delà des enjeux d’attractivité et de motivation des enseignants, l’étude de l’IIPE rappelle que les chercheurs Peter Dolton et Oscar Marcenaro-Gutierrez ont observé une corrélation statistique claire entre le niveau de salaire des professeurs et les résultats scolaires des élèves observés dans les tests standardisés. 

Le système des « échelles de carrières et des parcours professionnels » apparaît finalement comme l’approche la plus équilibrée et prometteuse, selon les chercheuses de l’IIPE. Il permet en effet de conditionner la progression salariale des enseignants non seulement à leur évaluation, mais aussi à de nouvelles attributions et responsabilités au sein de l’école. Avec des possibilités de mobilité verticale, comme des rôles administratifs ou des postes de direction, ou de mobilité horizontale : coaching, soutien aux autres enseignants, etc.

Dans tous les cas, le projet de recherche de l’IIPE montre que si le salaire est une condition sine qua non à la revalorisation des carrières enseignantes, il n’est certainement pas le seul critère à entrer en jeu. 

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