L'éducation face aux défis démographiques

10 Mars 2021

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Régis L'Hostis
En 2021, plus d'un quart de la population africaine est en âge d'être scolarisée. En 2035, ces jeunes seront sur le marché du travail.

Investir dans l'éducation nécessite une bonne compréhension de la demande potentielle. En Afrique subsaharienne, la population des 6-15 ans devrait augmenter de 60 % au cours des trente prochaines années, passant d'un peu plus de 280 millions en 2020 à environ 450 millions en 2050. Pour garantir une éducation de base de qualité à tous les enfants, il faudra prévoir quelque 9 millions de salles de classe supplémentaires et recruter 9,5 millions d'enseignants. Plongée dans le dernier numéro de PôleMag.

Pour aider les pouvoirs publics à mieux anticiper le futur et à agir dès aujourd’hui, les économistes et les responsables de la planification de l’éducation ont recours à un outil de projection : le modèle de simulation représentant le système éducatif d’un pays dans la situation présente et ses possibilités d’évolution à moyen et long termes.

La dynamique démographique est à la base des modèles de simulation. Le principe est de mettre en rapport la demande potentielle en éducation – la population scolarisable – avec l’offre d’éducation –les moyens mis à disposition du système. La population scolarisable est généralement projetée à l’horizon de 10 ans, le modèle permet ainsi d’anticiper les besoins aux différents niveaux éducatifs : préscolaire, enseignement de base, enseignement secondaire, enseignement supérieur, formation professionnelle.


« Disposer de données démographiques n'est pas l'élément le plus important », explique Polycarp Omondi Otieno, analyste politique et planificateur à l'IIPE -UNESCO Dakar. « L’important est de comprendre  les évolutions à venir. Une fois que la population en âge scolaire est identifiée, nous devons déterminer comment lui fournir des services de qualité. »

Les modèles de simulation aident les États à répondre à des questions comme combien d’établissements scolaires sont nécessaires pour répondre à la demande d’éducation au cours de la prochaine décennie ? Combien d’enseignant·e·s les pouvoirs publics devront-ils recruter, ou de manuels mettre à disposition des élèves ? Les projections du modèle donnent des informations essentielles aux décideurs sur ces questions, et bien d’autres d’intérêt majeur.

Focus sur la Namibie

L'IIPE-UNESCO utilise actuellement des modèles de simulation en Namibie, un pays dont la vaste superficie associée à une population clairsemée posent des problèmes pour le déploiement des enseignants. « Outre une dynamique de population relativement faible, la Namibie connaît un cas unique de fuite - ou de renouvellement – du corps enseignant », explique Polycarp Omondi Otieno, analyste et planificateur des politiques éducatives à l'IIPE-UNESCO Dakar. « Il est difficile, dans ces conditions, de planifier et gérer les écoles  de sorte à répondre aux besoins de chaque région. » Mais aujourd'hui, 14 modèles de simulation - un pour chaque district - donnent vie à différents scénarios, contribuant à tracer la voie vers la mise en place d'un enseignement de qualité et durable.

Les modèles de simulation prévoient le nombre d'enseignant·e·s qui seront nécessaires, maintenant et dans le futur, de la maternelle au deuxième cycle du secondaire. Outre le niveau scolaire, les modèles tiennent compte de la maîtrise des matières pour celles et ceux qui enseignent au-delà du deuxième cycle du primaire, et de la formation continue nécessaire pour proposer un enseignement de qualité. Ces informations seront intégrées dans le prochain plan national du secteur de l'éducation.

Identifier les meilleures options

Les modèles de simulation permettent de définir différents scénarios possibles, qui, à leur tour, aident à décider des meilleures options à retenir, c’est-à-dire celles qui sont financièrement, socialement et matériellement soutenables. Pour maîtriser par exemple la masse salariale du ministère de l’Éducation, des choix peuvent être faits sur la grille indiciaire ou le mode de rémunération des enseignant·e·s, contractuel·le ou fonctionnaire. Un·e contractuel·le aura un coût moins élevé pour l’État, mais son statut précaire peut à terme fragiliser l’équilibre social du système. Le modèle de simulation permettra d’estimer la soutenabilité à la fois financière et sociale des différentes options et d’éclairer les choix des ministères de l’Éducation en matière de recrutement.

 « La collaboration entre les administrations de l'éducation, les agences de statistiques et les instituts de recherche est essentielle. Ensemble, nous pourrons mieux répondre aux besoins de l'éducation de base en Afrique subsaharienne et nous préparer aux effets des changements futurs", déclare Koffi Segniagbeto, directeur de l'IIPE-UNESCO Dakar.

En Sierra Leone, le soutien de l'IIPE s’est conclu récemment avec l'élaboration d'une analyse du secteur de l'éducation. En prévision du prochain plan sectoriel, l'IIPE utilise des modèles de simulation pour analyser les différentes options politiques qui s’offrent à ce pays. Polycarp Omondi Otieno explique qu'une fois le volume d'étudiants déterminé par le modèle pour chaque niveau d’enseignement, il est possible d’identifier les moyens nécessaires pour offrir une éducation aux enfants. Les dirigeants peuvent alors prendre des décisions politiques, comme le fait de construire plus de salles de classe ou d'écoles, et à quels endroits.

Le type d’infrastructure à construire est un critère important. Ces dernières années, les États africains, budgétairement très contraints, ont beaucoup réduit leurs investissements dans les infrastructures éducatives. Elles sont désormais majoritairement prises en charge par des partenaires techniques et financiers. En basant leurs décisions sur les modélisations financières, certains États cherchent aujourd’hui à inverser cette tendance en adoptant des types de classe paillote de qualité supérieure, avec sanitaires et infrastructures sportives. Leur coût est deux fois moins élevé qu’une classe en dur.

La dynamique démographique impacte aussi l’organisation pédagogique. Dans les zones très peuplées où les infrastructures sont insuffisantes, le recours à la double vacation est parfois nécessaire : les élèves sont scindés en deux groupes, une partie venant le matin, l’autre l’après-midi. À l’opposé, il est possible d’organiser des cours multigrades dans les zones où les élèves ne sont pas assez nombreux. Les modèles de simulation permettent de régionaliser les projections et d’adapter l’organisation pédagogique à la population scolarisable au niveau local.

En se basant sur une compréhension détaillée des phénomènes démographiques, c’est ce type d’arbitrage des politiques éducatives que le modèle de simulation permet de réaliser.

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