« À l’IIPE, j'ai acquis toutes les compétences et qualités techniques, managériales et d’analyse pour être un planificateur de l’éducation »

10 Juillet 2023

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Trent Inness/Shutterstock.com
École d'un village isolé d'Afghanistan dans le district de Bamyan, au centre de l'Afghanistan

Shakir Habibyar est un planificateur de l'éducation d'Afghanistan. Il y a un peu plus de dix ans, en 2011, il a suivi l'ancien Programme de Formation Approfondie de l'IIPE-UNESCO. Durant cette formation, il a acquis une série de compétences qui lui ont permis d'exceller dans son poste au sein du ministère de l'Éducation, plus particulièrement pour améliorer l'éducation des filles. Aujourd'hui, il estime que l'utilisation des TIC pour l'égalité des genres est indispensable.

IIPE : Pouvez-vous nous parler de vos activités au ministère de l'Éducation en Afghanistan ?

Shakir Habibyar : Depuis 2011, j'ai été impliqué dans la planification, la mise en œuvre, le suivi et l'évaluation du programme et des projets d'éducation nationale mis en place par le ministère afghan de l'Éducation et la Commission nationale pour l'UNESCO, avec le soutien technique et financier de partenaires internationaux et d’agences comme l'UNESCO, la Banque mondiale et la DANIDA. J'ai participé activement à la formulation de politiques éducatives, à la préparation et à la mise en œuvre de plans stratégiques d'éducation nationale bénéficiant du soutien technique de l'IIPE-UNESCO, à la conduite d’examens annuels du secteur éducatif et à l'établissement de rapports sur les réalisations en matière d'éducation.

IIPE : À cette époque, quels étaient les principaux défis qui entravaient l'accès des filles à l'éducation ?

Shakir Habibyar : Après la chute des talibans en 2001, malgré des progrès significatifs en matière de scolarisation à tous les niveaux, 38 % des filles en âge d'être scolarisées n'ont pas eu la possibilité d'aller à l'école en raison de divers problèmes, notamment : 

  • l'insécurité,
  • la pauvreté,
  • le manque d'enseignantes,
  • la faible qualité de l'enseignement, 
  • les limites culturelles et religieuses,
  • les mariage précoces ou forcés,
  • la pénurie d'écoles et d'infrastructures,
  • l’analphabétisme des parents.

IIPE : Quels types de solutions ont été essayés ? Quelles ont été les plus fructueuses ?

Shakir Habibyar : En consultation avec les partenaires internationaux et les agences donatrices, de nombreuses stratégies flexibles ont été élaborées et mises en place en tenant compte des défis mentionnés plus haut et en gardant à l'esprit le contexte de l'Afghanistan en tant qu'État fragile. Les stratégies suivantes ont été testées : sensibilisation des parents à l'importance de l'éducation des filles, mise en place d'incitations pour les filles issues de milieux économiques défavorisés, formation de comités de protection des écoles, emploi d'enseignantes qualifiées, construction d'un plus grand nombre d'écoles et de salles de classe pour filles, amélioration des qualifications des enseignants grâce à une formation plus efficace, mise à disposition d'infrastructures et de manuels scolaires. Toutes ces solutions ont été efficaces.

IIPE : Comment la formation de l'IIPE vous a-t-elle aidé dans vos missions ?

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IIEP-UNESCO

Shakir Habibyar : Au cours de mes études à l'IIPE, j'ai acquis toutes les compétences et qualités techniques, managériales et d’analyse requise pour un planificateur et un responsable de l'éducation, ce qui m'a incontestablement aidé ainsi que le ministère afghan de l'Éducation.

J'ai pu apporter une aide technique à la préparation de stratégies et de plans sectoriels d'éducation. J'ai mis en œuvre douze projets sur l'éducation des filles, l'égalité des genres et la sensibilisation des parents à l'importance de l'éducation des filles. Mes compétences en coordination et en communication m'ont permis de m'engager avec succès auprès des parties prenantes du secteur de l'éducation  et des pays donateurs qui s'efforçaient de développer l'éducation en Afghanistan. Pendant mon service, j'ai pu maintenir des relations de travail constructives avec le bureau régional de l'UNESCO à Bangkok, son bureau national à Kaboul et d'autres Commissions nationales pour l'UNESCO.

IIPE : Au vu de la situation actuelle, avez-vous le sentiment que tous les progrès que vous et vos collègues avez accomplis sont aujourd'hui perdus ?

Shakir Habibyar : Mes collègues et moi-même avons servi le ministère afghan de l'Éducation pendant plus de dix ans et, honnêtement, l'éducation en Afghanistan a fait des progrès remarquables en termes de quantité et de qualité. Environ 9,5 millions de garçons et de filles allaient à l'école mais, malheureusement, aujourd'hui les filles n'ont plus accès à l’enseignement secondaire, ce qui a un impact négatif sur l'économie, la prestation de services sociaux et le développement général du pays. Les résultats que nous avons obtenus seront bien sûr perdus si le régime actuel continue à refuser aux filles le droit d'aller à l'école.

IIPE : Voyez-vous des fenêtres d’opportunités pour atteindre ceux qui, aujourd'hui, sont privés de leur droit à l'éducation ? Que peuvent faire en particulier les planificateurs de l'éducation, dans le monde entier, pour garantir l'égalité des genres dans et par l'éducation ?

Shakir Habibyar : De mon point de vue, il est nécessaire que la communauté mondiale s'engage activement et continue à demander à l'actuel gouvernement afghan d'ouvrir les portes des écoles aux filles. Elle ne doit ménager aucun effort pour les convaincre qu'aucune religion, y compris l'islam, ne refuse l'éducation des filles. D'autre part, j'invite le peuple afghan à continuer à faire entendre sa voix en faveur de l'éducation des filles.

Les planificateurs de l'éducation doivent tenir compte du contexte de fragilité et d'instabilité dans certains États Membres et proposer des stratégies flexibles pour atteindre les personnes vulnérables et isolées.

Je pense que l'utilisation des TIC est essentielle pour la prestation de services éducatifs. La conception de programmes et de classes en ligne sera efficace dans un contexte de fragilité et de limitation culturelle et religieuse.

Pour l'instant, en Afghanistan, les filles doivent pouvoir bénéficier d'un enseignement en ligne et à domicile afin de préserver leur droit à l'éducation.