Malaisie : vers plus d’équité dans l’enseignement supérieur

17 Mars 2021

shutterstock_1665493282.jpg

Mhilmi Osman/Shutterstock.com
Un groupe d'étudiants universitaires dans un laboratoire scientifique en Malaisie.

La cybersécurité, la protection des données, l'intelligence artificielle et la robotique sont autant de secteurs d’activités dans lesquels l’emploi est en hausse en Malaisie. Des emplois qui requièrent une main-d'œuvre hautement qualifiée. De fait, la demande en matière d'enseignement supérieur s'accélère alors que ce pays d'Asie du Sud-Est se lance dans la quatrième révolution industrielle – l'automatisation des processus de fabrication traditionnels et des pratiques industrielles grâce à des technologies intelligentes. Or, le pays rencontre des difficultés d’accessibilité à cet enseignement supérieur, ce qui met à mal l’équité dans le développement des ressources humaines.

L'histoire de la Malaisie résonne avec celle de nombreuses autres économies émergentes dans le monde. Selon l'Institut de statistique de l'UNESCO, les prévisions pour les systèmes d'enseignement supérieur au cours des dix prochaines années sont en croissance continue. D'ici à 2030, la plus forte augmentation est attendue dans les pays à revenu intermédiaire, où le taux brut de scolarisation atteindra 52 %. Cela soulève de nombreuses questions en matière d'équité : comment l'enseignement supérieur peut-il devenir plus accessible à toutes et tous, et quels sont les soutiens existants pour permettre non seulement aux jeunes d’y entrer, mais aussi d’obtenir un diplôme et de trouver un emploi décent ? Pour répondre à cette question, l'IIPE-UNESCO étudie la tendance croissante à la flexibilité dans les parcours d'apprentissage dans l'enseignement supérieur dans huit pays, dont la Malaisie. 

Pour faire suite à un rapport publié récemment, nous nous sommes entretenus avec deux des auteurs, Morshidi Sirat et Muhamad Saiful Bahri Yusoff de l'Université Sains Malaysia à Penang.

Quel est le résultat le plus marquant de votre
recherche ?

La politique de la Malaisie en matière d'apprentissage tout au long de la vie s’est initialement orientée vers le développement des ressources humaines plutôt que vers l'accès et l'équité dans l'enseignement supérieur. Cependant, avec les Objectifs de développement durable, l'accès, l'équité et l'éducation inclusive sont devenus des priorités, et ont souvent été intégrés dans les plans stratégiques successifs de la Malaisie en matière d'enseignement supérieur. La mise en œuvre d'initiatives politiques relatives à l'accès, à l'équité et à la réussite dans l’enseignement supérieur a toutefois entraîné de graves lacunes, notamment en ce qui concerne l'impact des parcours d'apprentissage flexibles sur les groupes marginalisés et défavorisés. Une partie du problème est liée au manque de suivi et d'évaluation de l'impact de ces initiatives pour ces groupes. Par exemple, si beaucoup a été réalisé en termes d'accès flexible – ou d'admission – à l'enseignement supérieur pour les apprenant·e·s vulnérables, des initiatives sont nécessaires pour favoriser à la fois un environnement d'apprentissage flexible tout au long des études et une entrée facilitée sur le marché du travail.

Pourquoi cette recherche revêt-elle une importance régionale ?

Le système d'enseignement supérieur malaisien est bien noté et nombre de ses universités sont très bien classées dans la région asiatique. Il importe toutefois que le système et ses institutions pratiquent une éducation inclusive, au-delà des slogans institutionnels accrocheurs. La Malaisie pourrait jouer un rôle de premier plan dans la région et promouvoir des parcours d'apprentissage flexibles, en mettant l'accent sur les groupes défavorisés et marginalisés. Une approche « pangouvernementale » est déjà en place. Il s'agit maintenant de démontrer comment elle pourrait avoir des résultats positifs pour les groupes marginalisés et défavorisés. Un certain nombre de bonnes pratiques peuvent être partagées à cet égard. Par exemple, la validation des acquis et de l'expérience mise en œuvre en 2011, reconnaît l'apprentissage non formel et informel tout au long des expériences de travail et de vie des étudiant·e·s, et sert de voie d'admission alternative pour les certificats, les licences et les maîtrises. Pour certain·e·s apprenant·e·s adultes, cela signifie ne pas avoir à débuter leurs études à « zéro », puisque leurs expériences peuvent être évaluées et reconnues.

Quel impact les parcours d'apprentissage flexibles ont-ils sur les apprenant·e·s vulnérables ?

Des preuves empiriques ont montré que les personnes handicapées et les mères célibataires en Malaisie ne peuvent pas garantir leur bien-être financier en raison d'un manque de compétences et de qualifications professionnelles spécialisées. En cause, une éducation insuffisante pour obtenir un emploi approprié ou pour créer une entreprise. Notre recherche a révélé la situation difficile dans laquelle se trouvent les personnes handicapées et les mères célibataires face à la rigidité de l’environnement d'apprentissage supérieur et, par conséquent, face à leur intégration dans le marché du travail. Une réalité qui perdure malgré la flexibilité des admissions dans le système d'enseignement supérieur. Ces personnes pourraient donc bénéficier de politiques et de programmes qui permettent à la fois de développer des compétences et de répondre à leurs besoins spécifiques, par exemple par le biais de subventions lors des congés d'étude et d'examen, la garde d'enfants, des horaires de travail flexibles ou la possibilité de télétravailler.

Comment la COVID-19 affecte-t-elle l'évolution des parcours d'apprentissage flexibles ?

Les parcours d'apprentissage flexibles – et en particulier les environnements d'apprentissage flexibles – ont été très utiles dans la réponse du pays à la COVID-19. Dans le plan directeur de l'enseignement supérieur de la Malaisie (2015-2025), l'apprentissage à distance, y compris l'apprentissage en ligne, l'enseignement ouvert et à distance, ainsi que les cours en ligne ouverts et massifs (MOOC), ont tous déjà été promus par le ministère. Avant la pandémie, le taux d’inscription dans les établissements d'enseignement supérieur était plutôt faible et les groupes défavorisés et marginalisés n'avaient souvent pas accès à la technologie ou à la couverture Internet nécessaires. Du jour au lendemain, la pandémie a fait du mode d'enseignement et d'apprentissage basé sur la technologie une priorité. Elle a montré l'importance d'adopter des approches créatives et innovantes pour traiter les questions d'équité et d'accès pour tous les groupes d'étudiant·e·s. En matière d'équité, nous pourrions ainsi en fin de compte bénéficier de l'accélération du changement provoquée par la crise de la COVID-19 : la recherche présente un certain nombre de recommandations sur la manière de développer davantage les parcours d'apprentissage flexibles pour la réussite de chacun·e dans l'enseignement supérieur et au-delà.

Cinq recommandations issues de cette recherche :

  1. Établir un cadre politique national pour la gestion des données : Ce cadre devrait mettre l'accent sur les données relatives aux groupes marginalisés et défavorisés dans l'enseignement supérieur. La définition des groupes défavorisés devrait également être harmonisée entre les ministères pour éviter les divergences et les mauvaises interprétations des données.
  2. Créer une entité dédiée aux groupes défavorisés : Créée au niveau national, cette entité contribuerait à la réalisation de l'objectif de flexibilité des parcours d'apprentissage pour les groupes défavorisés dans l'enseignement supérieur, et à la résolution des problèmes d'équité. Elle serait responsable de la collecte des données et des systèmes de gestion des données pour suivre la progression des étudiant·e·s.
  3. Intégrer les systèmes de soutien aux étudiant·e·s défavorisé·e·s : Des stratégies innovantes et créatives permettraient de répondre aux différents besoins des étudiant·e·s et devraient soutenir les filières d'entrée, de passage et de sortie de l'enseignement supérieur.
  4. S'inspirer de l'expertise locale pour développer des parcours d'apprentissage flexibles : Le rapport souligne le besoin urgent de renforcer les capacités locales dans la mise en œuvre de parcours d'apprentissage flexibles, afin de provoquer un changement en profondeur.
  5. S'engager avec toutes les parties prenantes et groupes de population, y compris les plus désavantagés : Le dialogue avec les parties prenantes à tous les niveaux – des expert·e·s au public et aux groupes marginalisés de la société – peut aider à créer des partenariats engagés.
Formation
Mercredi 15 Février 2023
Mercredi 26 Avril 2023