Mauritanie : créer de nouveaux débouchés pour les jeunes en recherche d'emploi

11 Juin 2020

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Senderistas / Shutterstock.com
Un pêcheur nettoie un poisson sur une plage en Mauritanie

L'Afrique est à la fois le continent le plus jeune du monde et celui à la croissance démographique la plus rapide. Chaque année, 10 à 12 millions de jeunes entrent sur le marché du travail ; or, un nombre bien moindre d'emplois sont créés. En raison de l'inadéquation des compétences, les jeunes manquent aussi parfois de l'expertise requise dans la vie active. 

La Mauritanie constitue un microcosme de ces difficultés. Plus de 60 % de la population a moins de 25 ans ; pourtant, cette tranche d'âge est deux fois plus susceptible d'être au chômage que les plus de 25 ans (42 % contre 21 %), selon les chiffres 2017 de l'Office national de la Statistique. Il n’en demeure pas moins que la jeunesse de sa population constitue un atout pour un pays - pour autant que certaines conditions soient remplies en matière d'éducation, d'emploi et de services sociaux. 

Selon Ibrahima Diallo, expert en insertion et emploi à l’IIPE-UNESCO Dakar, "lorsque l'éducation, la formation et l'emploi sont en adéquation, les jeunes peuvent puiser dans leur potentiel pour favoriser la croissance économique et la prospérité". 

Pour accélérer cette dynamique, I. Diallo a travaillé avec le gouvernement mauritanien pour créer un partenariat public-privé destiné à favoriser l'emploi et l'inclusion sociale des jeunes. 

Améliorer l'accès à l'emploi  

Dans le cadre de ce partenariat , des entreprises de trois secteurs économiques majeurs - agriculture mixte, bâtiment et travaux publics ainsi que pêche - ont dressé la liste des "emplois prioritaires" dans trois régions du pays. L'idée était que si les entreprises indiquaient elles-mêmes les compétences dont elles avaient le plus besoin, les centres de formation pourraient s'adapter et les jeunes poursuivre des parcours de carrière plus prometteurs. 

“L'objectif était que les partenaires publics et privés définissent les métiers prioritaires dans ces trois secteurs, qui font partie des secteurs prioritaires de la politique de développement de la Mauritanie", a expliqué Abidine Levrack, point focal pour la Plateforme d'expertise en formation professionnelle (PEFOP) de l’IIPE-UNESCO Dakar au ministère de l'Enseignement secondaire et de la Formation technique et professionnelle.

Les entreprises du bâtiment, par exemple, ont indiqué avoir besoin d'ouvriers du bâtiment polyvalents. Actuellement, ces entreprises sont obligées d'embaucher trois apprentis différents pour honorer certains contrats de construction. "Ce nouveau profil pourrait être intéressant, en particulier pour les petites entreprises, qui dominent le secteur en Mauritanie", a affirmé I. Diallo. Ainsi, tous les centres de formation de Nouakchott qui dispensent des formations dans ce domaine vont proposer un nouveau cours spécifiquement destiné à répondre à ce besoin du marché de l'emploi. D'autres emplois ont été identifiés : opérateurs de machines, artisans pêcheurs, opérateurs d'engins de pêche et mécaniciens de moteurs hors-bord, entre autres. 

Saleck Abderaouf, président de la Fédération des professionnels du service de Mauritanie et président du Cadre régional de partenariat pour le bâtiment, a participé à l'analyse de son secteur pour la région de Nouakchott. Selon lui, "la mise en place d'un partenariat régional - bénéficiant de la participation effective d'entreprises du secteur privé - peut nous aider à accéder à des ressources humaines qualifiées en améliorant la qualité de la formation technique et professionnelle".  

Les centres de formation sont-ils prêts ? 

La prochaine étape du partenariat consistera à analyser les capacités des centres de formation. Par exemple, ont-ils suffisamment de formateurs dans les domaines spécialisés ou l'équipement adéquat ? Une analyse similaire sera également effectuée pour les entreprises participantes, afin de déterminer de quelle manière elles peuvent contribuer, elles aussi, à l'offre de formation.  

"Grâce à la méthodologie qui sous-tend ce partenariat, nous serons plus à même de déterminer les professions clés", a indiqué M. Levrack. "Cela sera utile pour rédiger des guides pédagogiques et des manuels opérationnels, qui serviront à mettre en œuvre les cours de formation aux métiers prioritaires ciblés".

Exploiter le potentiel de la jeunesse mauritanienne 

Une éducation de qualité est la voie qui mène à une vie meilleure – mais cela doit se faire en accordant une place centrale à la formation professionnelle, de façon à améliorer l'employabilité des jeunes et à réduire la pauvreté. Ces questions sont au cœur du partenariat public-privé établi en Mauritanie : l'enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) peuvent permettre aux jeunes d'acquérir de nombreuses compétences recherchées sur le marché du travail. Cela est également devenu une priorité à l'échelle de tout un continent. Cependant, seuls 6,5 % des élèves du secondaire en Afrique subsaharienne sont inscrits dans un cursus d'EFTP, contre 15 % en Amérique du Nord et en Europe occidentale. En Mauritanie, les chiffres sont encore plus bas : seuls 4 % des élèves du secondaire y sont inscrits. 

Il sera essentiel de développer ce secteur pour proposer de nouveaux débouchés aux jeunes mauritaniens, dont le nombre devrait s'accroître dans un avenir proche. Prendre en compte les besoins des entreprises permettra de développer des formations adaptées – et donc des possibilités d'emploi.

 

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