Mener le changement : entretien avec la responsable de la planification de l’éducation à Saint-Kitts-et-Nevis

03 Juin 2024

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©IIEP-UNESCO
Carla Livian Mills-Diamond, de Saint-Kitts-et-Nevis, a participé au séminaire de leadership en éducation de l'IIPE 2024.

Carla Livian Mills-Diamond, responsable de la planification de l’éducation à Saint-Kitts-et-Nevis, faisait partie de la trentaine de participants venant de 21 pays lors du premier séminaire de l’IIPE-UNESCO sur le leadership dans l’éducation. Elle explique comment ce séminaire lui a permis de mieux comprendre son propre style de leadership.

Carla Livian Mills-Diamond : Je suis une enseignante dans l’âme. J’ai toujours aimé enseigner. Je me souviens que quand j’ai quitté l’école, je ne voulais rien faire d’autre. J’ai eu l’occasion de travailler dans une banque. Cela ne m’intéressait pas, je voulais enseigner. Je pense donc que j’ai l’éducation dans le sang, c’est ma passion. J’ai commencé en tant qu’enseignante remplaçante, puis je suis devenue enseignante qualifiée. Je suis ensuite devenue enseignante diplômée. J’ai alors occupé les postes de cheffe de département, directrice adjointe, puis directrice, responsable de l’éducation, et secrétaire adjointe. Aujourd’hui, je suis la responsable de la planification de l’éducation. J’ai donc eu une belle carrière dans l’éducation. C’est le seul domaine dans lequel j’ai travaillé et c’est vraiment ma passion.

J’occupe ce poste depuis seulement un an, c’est donc vraiment nouveau. Je pense que ce cours est essentiel et m’aide vraiment à être mieux préparée. C’est la raison pour laquelle je suis si intéressé et captivée par ce qui se passe ici, parce que cela me permet de mieux appréhender certaines problématiques auxquelles je dois faire face. 

IIPE : Comment un leadership fort peut-il se traduire par une transformation de l’éducation et un apprentissage équitable à Saint-Kitts-et-Nevis ?

Carla : Auparavant, je considérais peut-être qu’un leadership fort se limitait à la capacité de guider, de diriger et de motiver, et je pense que c’est quelque chose que nous pouvons accomplir. Mais ce qui est devenu clair, c’est à quel point il est important de s’éloigner d’une approche verticale, qui généralement celle que nous adoptons - au ministère de l’Éducation, nous prenons des décisions et nous attendons des écoles qu’elles les mettent en œuvre. Mais j’ai eu une prise de conscience de l’importance de l’adhésion et de la nécessité d’inclure les enseignants et les autres parties prenantes dans la conception, qui sont des éléments qui contribueront à améliorer l’ensemble du processus de mise en œuvre. Nous avons beaucoup de politiques, et je commence à réaliser que c’est l’une des raisons pour lesquelles ces politiques ne sont pas vraiment implémentées. Vous rencontrez une certaine résistance de la part des personnes à qui vous essayez de les imposer, au lieu d’établir un partenariat avec des personnes qui pourront les appliquer. Je pense qu’il s’agit là d’une distinction importante.

IIPE : Quel type de leadership est nécessaire pour accélérer les progrès de l’ODD 4 en termes d’éducation de qualité inclusive et équitable et d’apprentissage tout au long de la vie pour tous ?

Carla : II n’existe pas de modèle unique de leadership. Un bon modèle, cependant, est celui de l’autorité car il est fondé sur la responsabilité tout en permettant le conseil, le partenariat et la collaboration. Il vous donne également la possibilité d’obtenir des retours. Je pense que si vous l’associez à d’autres formes de leadership en fonction du contexte et de la situation, c’est ce qui peut faire un bon leader et une bonne décision. Pour ma part, j’aime beaucoup le style de leadership fondé sur l’autorité parce qu’il prête attention à la partie prenante, en montrant la direction tout en veillant à ce que les autres soient motivés et inspirés. Je pense que la motivation et l’inspiration sont des aspects clés qui doivent se produire si l’on veut vraiment avoir un bon leadership.

IIPE : Comment la formation avec l’IIPE soutient-elle cette démarche ? 

Carla : Beaucoup de ces choses dont je parle ont été mises en évidence dans le cadre de cette formation. Ce séminaire, en particulier l’évaluation DiSC, m’a ouvert les yeux. J’ai vu toute la vérité sur moi-même, la vérité inconfortable dans une certaine mesure, mais ce qui est bien quand on voit la vérité, c’est qu’on sait alors ce qu’on doit changer pour être le type de leader que l’on pense être. Parfois, vous pensez être d’une certaine manière, mais en vous observant attentivement, vous vous rendez compte que cela n’est pas nécessairement le cas. Je crois que la possibilité de changer, la possibilité de s’améliorer, sont des choses que je ne considère pas comme acquises. 

J’ai vraiment hâte de retourner dans mon pays et d’appliquer certaines des choses que nous avons apprises. Ce cours de l’IIPE est très utile, car il permet d’avoir un regard réaliste sur soi-même et sur la manière dont on réagit à différentes situations, et d’apprendre à diriger et à mettre en œuvre des politiques éducatives.

IIPE : Quels sont les principaux enseignements que vous avez tirés du séminaire ?

Carla : Ce qui me frappe le plus, c’est la pertinence et le caractère concret et pragmatique de ce cours. Il correspond vraiment à la réalité des gens sur le terrain. 

Par exemple, nous savons que si nous prenons une décision au niveau administratif, nous n’obtiendrons pas nécessairement le type d’adhésion nécessaire de la part des directeurs, des enseignants et des syndicats enseignants. Mais on a tendance à penser qu’il faut le faire, alors on l’impose. Je pense qu’il faudrait avoir davantage de respect pour les parties prenantes.    Vous reconnaissez que vous voulez que les choses soient faites pour que l’objectif soit réellement atteint, et pas seulement pour cocher des cases.

Je pense que nous avons longtemps conçu des modèles sans tenir compte de ce que cela signifiait pour les personnes qui devaient apporter les changements. Je suis beaucoup plus consciente de cela. Qu’est-ce que cela signifie pour la personne dans la salle de classe ? Qu’est-ce que je fais pour faciliter, pour soutenir ? Le changement ne se produira pas automatiquement, mais il faut regarder quelle aide et quel support vous devez apporter aux enseignants pour faciliter leur travail.

Nous devons également mesurer l’impact de ce qui se passe, en particulier les résultats d’apprentissage - qui est l’objectif ultime des politiques que nous élaborons.