Niger : comment concilier démographie et éducation de qualité ?

05 Mai 2020

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BOULENGER Xavier / Shutterstock.com


Le Niger, qui affiche le taux de croissance démographique le plus élevé au monde, se prépare à une augmentation rapide du nombre d'enfants en âge d'aller à l'école. En 2030, ils seront 1,2 million à entrer en primaire, contre 600 000 en 2020. Compte tenu de ces prévisions, le Niger a fait de l'éducation une priorité majeure en affectant un cinquième de son budget national à ce secteur, conformément aux recommandations internationales.

Toutefois, de nombreux obstacles - notamment l'instabilité géopolitique et les conditions climatiques difficiles - subsistent alors que le système éducatif se démène pour suivre le rythme. "La capacité du Niger à construire de nouvelles salles de classe, à condition que le financement soit assuré, n'est que de 1 000 par an. Il y a donc un long chemin à parcourir pour parvenir à une éducation de qualité pour tous d'ici 2030", selon Koffi Segniagbeto, analyste principal des politiques éducatives à l'IIPE-UNESCO Dakar. 

Actuellement, plus de la moitié des enfants âgés de 7 à 12 ans ne sont pas scolarisés. Pour ceux qui le sont, l'éducation s'arrête, en moyenne, au bout de six ans. Les élèves - surtout dans les zones rurales - sont confrontés à des classes surchargées et à des ressources limitées. 

La gestion de la qualité, une opportunité ? 

 

La gestion de la qualité de l'éducation pourrait contribuer à expliquer la fragilité du système éducatif, mais surtout apporter des solutions pour l'avenir. Par exemple, le pays s'oriente actuellement vers une décentralisation de l'élaboration des politiques éducatives - une mesure nécessaire pour que les ressources éducatives parviennent aux écoles.

"La décentralisation permet de s'assurer que les manuels scolaires sont distribués dans les salles de classe où les enfants en ont le plus besoin", explique M. Segniagbeto. Une école où l’apprentissage est possible, en définitive, augmente les taux d'alphabétisation, aide à créer des emplois formels et améliore les sources de revenus des Nigériens. 


Pour faciliter ce changement, l'IIPE-UNESCO travaille avec le gouvernement nigérien pour soutenir la gestion de la qualité dans les écoles afin de renforcer les résultats d'apprentissage. Cette collaboration consiste notamment à fournir des recommandations pour diversifier les mécanismes de financement. Il s'agit également d'améliorer les dépenses d'éducation afin que les ressources limitées du Niger soient utilisées là où elles sont le plus nécessaires, notamment dans la construction des salles de classe et la formation des enseignants. 

Une éducation basée sur les compétences ? 

 

D'autres progrès sont également à relever. Par exemple, le Niger est le seul pays d'Afrique occidentale qui n'emploie pas de parents-enseignants, ce qui illustre la détermination du gouvernement à assurer une éducation pour tous. Par ailleurs, les disparités entre les sexes en matière de scolarisation diminue à mesure que l'accès à l'école primaire s'élargit, selon l'analyse du secteur de l'éducation du Niger pour 2020.

Pour l'avenir, M. Segniagbeto espère également voir l'enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) occuper une place plus importante dans le système éducatif nigérien. "On dit toujours que l'éducation est le meilleur antidote à la pauvreté, mais la réalité est que l’acquisition de compétences représente le meilleur vaccin pour lutter contre la pauvreté et soutenir  le développement socio-économique", affirme-t-il.

Dans ce contexte, l'EFTP jouera sans aucun doute un rôle important pour aider le pays à répondre aux besoins de sa jeunesse en pleine croissance. Bien qu’elles restent parmi les plus faibles du continent avec environ 200 inscrits pour 100 000 habitants,  les inscriptions à l'EFTP ont quadruplé au cours de la dernière décennie, selon un nouveau document de l'IIPE-UNESCO sur les défis démographiques du Niger.

Le pays s'efforce également de mieux adapter les compétences aux besoins réels du marché du travail nigérien. Trois ans après avoir terminé un programme d'EFTP, 45 % des diplômés sont au chômage, et la moitié de ceux qui ont trouvé du travail ne le citent pas comme facteur de leur recrutement.

Malgré ces chiffres, l'EFTP ne doit pas être sous-estimé, avertit M. Segniagbeto. À l'avenir, les décideurs politiques devront continuer à étudier les obstacles que rencontre l'EFTP : c'est alors seulement que des politiques plus solides pourront être développées et permettre à ce secteur prometteur d'atteindre son potentiel.

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