PLANIFIER L'ÉDUCATION DANS LE CADRE DE L'AGENDA ÉDUCATION 2030

  Par Anton De Grauwe, IIPE-UNESCO

 

Pendant plusieurs décennies, la communauté internationale a défini de vastes programmes et accords pour tenter de créer une vision commune et lancer une action mondiale, les plus populaires étant les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), adoptés en 2000, et, plus récemment, les Objectifs de développement durable (ODD), prévus pour accompagner les pays sur la voie du développement économique et social à l’horizon 2030. Pour l’éducation, le cadre d’action est celui de l’Éducation pour tous (EPT), adopté à Dakar en 2000, et de l’agenda pour l’Éducation 2030, axé autour de l’ODD 4. Avec ses sept objectifs, il ne définit pas seulement un programme d’action global mais propose également des orientations aux pays pour les inciter à agir. Cet agenda a de multiples implications pour la planification et la gestion du secteur de l’éducation. 

Un programme ambitieux 

L’agenda pour l’Éducation 2030 est ambitieux, comme l’était en son temps le cadre pour l’EPT. Si les progrès considérables obtenus à l’échelle mondiale et dans plusieurs pays depuis 2000 démontrent la valeur intrinsèque d’un programme international, dont le caractère ambitieux permet de rassembler les énergies, de mobiliser des ressources et de susciter l’enthousiasme, trop de pays (notamment en Asie du Sud, dans le Sahel ou en Afrique centrale) risquent de ne pouvoir atteindre ne serait-ce que les objectifs de l’EPT à l’horizon 2030. D’où la nécessité d’accompagner ce nouvel agenda d’une analyse des principaux enseignements tirés de pays qui ont réussi à progresser. Deux constats sont particulièrement frappants :

  • ces pays se sont dotés d’une administration publique efficace au niveau central et aux échelons décentralisés. Les gouvernements et leurs partenaires doivent renforcer les systèmes nationaux et les services publics. Cette condition essentielle au développement ne doit pas être négligée ;

  • un programme de longue haleine a besoin de partenaires prêts à offrir une aide à moyen ou à long terme ou, au moins, à envisager leur soutien dans la durée.

Ces deux points, qui ne datent pas d’hier, semblent dernièrement avoir été négligés au profit de solutions rapides. Le retour à l’approche projet, patent dans certains pays et généré par l’« exaspération » face à l’inefficacité de l'administration, est peut-être compréhensible, mais ne contribue aucunement au développement à long terme. 

Un cadre d'action à large spectre 

L’agenda pour l’Éducation 2030 propose une vision plus globale du secteur de l’éducation que celle défendue dans la Déclaration de Jomtien en 1990 et dans le Cadre d’action de Dakar en 2000. On y trouve : l’éducation et la protection de la petite enfance (EPPE), l’enseignement secondaire universel, l’acquisition de compétences, notamment par le renforcement de l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP). Mais il est surprenant de voir que l'agenda 2030 est accompagné de si peu de facteurs clés de mise en œuvre : si la priorité accordée aux « enseignants » est parfaitement justifiée et expliquée, l’accent mis sur les « équipements » et les « bourses d’études » est plus difficile à comprendre, puisque ce ne sont pas des éléments décisifs pour garantir l’efficacité d’un système éducatif.

Première conséquence d’un agenda au spectre aussi large : les pays doivent adopter des politiques et des plans sectoriels capables d’équilibrer les approches entre les différents sous-secteurs tout en garantissant l’articulation entre eux. Le tort causé aux systèmes éducatifs (et, plus globalement, au développement socio-économique des pays) par la vision simpliste qui a privilégié l’éducation de base au détriment de l’enseignement supérieur ou de l’EFTP, a été difficile à réparer.

Deuxième conséquence : l’obligation de concevoir un ensemble équilibré et exhaustif de stratégies pour mettre en œuvre ce type de politique sectorielle, dont le choix doit être dicté par les enseignements tirés du passé. Il faut notamment veiller à ne pas retomber dans les anciennes erreurs. Si les équipements font partie des éléments indispensables, ils ne peuvent à eux seuls améliorer la qualité de l’éducation.

Un agenda aux avancées mesurables 

L’agenda pour l’Éducation 2030 est associé à un cadre exigeant de suivi et d’évaluation (S&E), articulé autour de nombreux indicateurs dont plusieurs sont nouveaux et établis à partir de données difficiles à recueillir. L’accent mis sur le suivi est caractéristique du contexte politique actuel, qui privilégie la culture du résultat, avec deux grandes implications :

  • quantité de systèmes nationaux de S&E ont besoin d’être renforcés, voire réformés. Le plus important n’est pas toujours qu’ils puissent mesurer ce qui est le plus facilement quantifiable. Les systèmes de S&E doivent être porteurs de changements durables, tout en évitant la tentation des améliorations immédiates mais superficielles. Ils doivent s’appuyer sur un large éventail de sourceset d’acteurs, afin d’avoir une meilleure vision de l’état de l’éducation, en recourant par exemple à des enquêtes auprès des usagers. Alors que les activités de S&E se généralisent (autour des étudiants, des enseignants, desécoles, des plans, des systèmes, etc.), il faut consacrer davantage d’efforts à l’exploitation des enseignements tirés, afin de les traduire concrètement dans les réformes politiques ;

  • la responsabilité, qui joue un rôle croissantdu fait de cet impératif de suivi, doit aller de pair avec des systèmes de soutien plus solides, ce qui passe par le développement professionnel des fonctionnaires, depuis le ministère de tutelle jusque dans la salle de classe. Renforcer la responsabilisation des acteurs sans leur apporter de soutien risque d’aggraver inéluctablement la déprofessionnalisation de ceux qui sont au cœur des systèmes éducatifs et auxquels nous confions la réalisation de l’agenda pour l’Éducation 2030. 

 

 

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