Planifier l'intégration des réfugiés dans le système éducatif burundais

20 Juin 2024

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©Claire Thibault/IIEP-UNESCO
Une école dans un camp de réfugiés au Burundi.

Comment inclure des réfugiés dans les systèmes éducatifs nationaux ? Pourquoi l’inclusion doit-elle être progressive?

Au Burundi, pays enclavé d'Afrique de l'Est, la situation des réfugiés continue d'évoluer. Malgré ses faibles ressources, le Burundi accueille plus de 87 500 réfugiés, dont plus de la moitié sont âgés de moins de 18 ans. Ils proviennent principalement de la République démocratique du Congo.

Par ailleurs, de nombreux réfugiés burundais rentrent également chez eux dans le cadre du programme de rapatriement volontaire assisté, ce qui rend d’autant plus cruciale la mise en place d'un système éducatif durable et inclusif. Entre septembre 2017 et août 2023, le HCR a enregistré le retour d’environ 220 000 Burundais, dont 72.5% étaient âgés de moins de 18 ans au moment de leur rapatriement.

Actuellement, la plupart des réfugiés du Burundi résident dans cinq camps et sont scolarisés dans un système éducatif parallèle, séparé de celui des élèves nationaux. Ces systèmes éducatifs destinés aux apprenants réfugiés, qui suivent le programme et la langue d'enseignement de leur pays d'origine, sont souvent moins durables.

Le changement se profile à l'horizon

Face à ces défis, un effort collectif est en cours pour créer un environnement d'apprentissage durable pour tous, y compris les réfugiés, les communautés d'accueil et les rapatriés. Cela fait suite à l'engagement pris par le gouvernement lors du Forum mondial sur les réfugiés de 2023 d'intégrer les populations de réfugiés et de rapatriés dans le système éducatif national.

Le ministère de l'Éducation nationale et de la recherche scientifique (MENRS) a mis en place un comité technique, comprenant les ministères concernés, l'IIPE-UNESCO, le HCR, l'UNICEF et le Service Jésuite des Réfugiés, afin d'élaborer une stratégie chiffrée pour assurer l'inclusion dans l’éducation.

Le secrétaire permanent du MENRS a également visité les cinq camps de réfugiés dans le but d’identifier des solutions locales efficaces pour passer d'un système éducatif parallèle à un système éducatif inclusif.

Lancer le processus d'inclusion

L'éducation inclusive présente de nombreux avantages, tant pour les réfugiés que pour les communautés d'accueil. Elle renforce la résilience, favorise la cohésion sociale et peut réduire les coûts à long terme. L'éducation inclusive est particulièrement importante dans le contexte actuel de crises prolongées, comme celles que connaissent les jeunes apprenants réfugiés au Burundi.

Mettre un place une éducation inclusive est un processus qui nécessite une stratégie soigneusement élaborée pour assurer une transition harmonieuse. Au Burundi, sa mise en œuvre progressive devrait s’échelonner sur une période de  5 ans.

Pour les apprenants, une transition progressive est essentielle pour éviter des changements brusques entre les programmes et les langues d'enseignement. Sur le plan opérationnel, une transition par étapes permet aux autorités nationales d'intégrer progressivement ce système éducatif parallèle et de planifier en conséquence, qu’il s’agisse par exemple de construire et de rénover des écoles pour qu'elles répondent aux normes nationales, d'améliorer les qualifications des enseignants ou d'intégrer les enseignants réfugiés dans les effectifs publics.

L’inclusion devrait aussi bénéficier aux communautés hôtes. Par exemple, les infrastructures locales devraient être renforcées, notamment celles des écoles post-fondamentales dans les localités avoisinantes des camps. Dans le camp de réfugiés de Kavumu, dans le nord du Burundi, de nouvelles installations pour la formation technique ainsi qu’un internat pouvant accueillir des étudiants burundais devraient également voir le jour. Ces mesures permettraient en outre de favoriser la cohésion sociale en permettant aux communautés hôtes et aux réfugiés d’être scolarisés ensemble.

Rassembler les partenaires grâce à l'expertise technique

En impliquant les autorités centrales et locales, les ministères concernés, les représentants des réfugiés, les responsables d'établissement, les enseignants, les élèves, les parents et les partenaires techniques et financiers, l'IIPE aide à identifier les besoins en matière d'accès, de qualité et de gouvernance pour l'inclusion. Puis l'institut contribue à trouver des solutions aux défis éducatifs (changement de programme et de langue), aux questions opérationnelles (infrastructure, taille des classes, formation des enseignants et gestion des écoles) et aux considérations politiques (obtention de soutien en s'alignant sur les priorités nationales). Le tout aboutit à une stratégie opérationnelle chiffrée, véritable feuille de route pour le ministère et les partenaires pour la mise en œuvre de l’inclusion, et constitue un outil précieux pour mobiliser les ressources financières nécessaires à une inclusion réussie.

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