Répartir équitablement les enseignants

21 Janvier 2019

Par Patrick Nkengne, Analyste des politiques éducatives, et Léonie Marin, Experte en communication, IIPE-Pôle de Dakar

Le Pôle de Dakar de l’IIPE a publié une nouvelle étude pour aider les pays à améliorer la répartition du personnel enseignant en Afrique subsaharienne.

L ’allocation inéquitable des ressources enseignantes est une observation commune à plusieurs diagnostics sectoriels qui ont été réalisés dans les systèmes éducatifs en Afrique subsaharienne par l’IIPE-Pôle de Dakar. Un constat majeur se dégage d’une étude réalisée en 2016-2017 sur les ressources enseignantes pour 31 pays d’Afrique subsaharienne en fonction du ratio élèves/maître et du degré d’aléa  : peu de pays parviennent à une allocation équitable de leurs enseignants.

Le ratio élèves/maître est très variable selon les pays. Dans l’enseignement primaire public des 31 pays, si aux Seychelles, à Maurice et au Cap-Vert, ce ratio est inférieur à 25, on observe qu’au Rwanda, au Mozambique, en Ouganda et au Cameroun, il est supérieur à 50 (voir le graphique de gauche). Cela reflète à la fois des politiques différentes en matière d’allocation, mais aussi – et surtout – des capacités différentes à recruter du personnel enseignant en nombre suffisant. Pour aiguiller les pays, le cadre indicatif de l’initiative Fast Track a suggéré que les pays ayant un manque d’enseignants cherchent à converger vers une valeur de référence du ratio élèves/ maître autour de 40.

Il arrive qu’au sein du système éducatif, des services décentralisés affectent leur personnel enseignant aux écoles de façon équitable, alors que d’autres établissent une répartition inéquitable de leurs ressources. Le degré d’aléa permet ici de capter l’ampleur du problème. Dans le cas du Bénin, qui possède le degré d’aléa le plus élevé, de fortes variations sont constatées, et ce, aussi bien sur le plan du ratio élèves/maître que sur celui du degré d’aléa par circonscription scolaire. Par exemple, le bloc A illustre les circonscriptions scolaires qui sont mieux dotées en enseignants, mais qui les attribuent aux écoles de façon inéquitable et incohérente (voir le graphique de droite).

L’étude, par un questionnaire adressé à des acteurs clés des ministères de l’Éducation des 31 pays ciblés, a également permis de déterminer deux actions dont la mise en œuvre pourrait aider à atteindre une meilleure affectation du personnel enseignant. La première est le recrutement des enseignants sur poste. Cette action limiterait les mouvements d’enseignants pour des raisons personnelles et garantirait à l’école la possibilité de toujours disposer d’enseignants qui ne puissent être déplacés sans préavis par le ministère. La deuxième est le recours aux technologies de l’information et de la communication pour fournir aux acteurs responsables des affectations des outils leur permettant d’automatiser certains aspects de la chaîne de décisions.

En bref, les enjeux sont de déterminer tant les pratiques émergentes que les tendances générales de la répartition des ressources enseignantes en Afrique afin de trouver des solutions efficaces pour améliorer la situation. C’est grâce à des études sur le pilotage et l’allocation des ressources enseignantes aux écoles que les pays et la communauté internationale pourront cibler les mécanismes qui s’adaptent le mieux à leur contexte, dans le but d’atteindre une meilleure éducation de qualité pour tous.  

 

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