Répondre à la crise mondiale de l'éducation des réfugiés

20 Décembre 2023

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©Mathilde Tréguier/IIEP-UNESCO
Le camp de Mbera, à proximité de la frontière entre le

Le coût de l’absence d'éducation des réfugiés est très élevé, surtout lorsque plus de la moitié des enfants réfugiés dans le monde ne sont pas scolarisés. Cela limite non seulement les perspectives individuelles, mais aussi le potentiel de l'éducation à favoriser des sociétés plus tolérantes et plus inclusives.

Pour répondre à cette crise mondiale, il faut des solutions innovantes. L'une des voies prometteuses est l'élaboration et la mise en œuvre de plans d'action chiffrés. Avec le soutien de l'IIPE-UNESCO et du HCR, ces approches de planification permettent aux ministères de l'Éducation et aux différents partenaires de comprendre les divers besoins éducatifs des réfugiés et les coûts associés. Cette démarche est essentielle pour aller plus loin dans la mise en place d’une éducation inclusive et pour aider les gouvernements à garantir un financement vital pour l'éducation des réfugiés.

Une réussite en Mauritanie

La Mauritanie mène depuis longtemps une politique d'ouverture à l'égard des réfugiés. Traditionnellement, les réfugiés vivant dans les zones urbaines ont le même accès à l'éducation que les ressortissants nationaux. Mais seuls 50 % des réfugiés sont inscrits à l'école primaire et 37 % à l'école secondaire. 

Ces difficultés sont amplifiées dans le camp de Mbera, à la frontière avec le Mali, où les taux d'inscription chutent à 37 % pour l'école primaire et à seulement 6 % pour l'école secondaire. Historiquement, les élèves réfugiés du camp ont toujours suivi le programme scolaire et les examens maliens. 

Mais des progrès rapides sont désormais possibles depuis que le gouvernement s'est ouvertement prononcé en faveur de l'inclusion des réfugiés dans les systèmes nationaux et que le ministère de l'Éducation a récemment piloté un plan d'action chiffré  pour l'inclusion des réfugiés dans le système éducatif mauritanien en 2023.

Afin d'inspirer la planification de l'inclusion à l'échelle mondiale, voici trois conditions qui ont rendu cette étape possible. 

1 . Un environnement politique solide

La Mauritanie est signataire de plusieurs déclarations et conventions régionales et internationales en faveur des réfugiés, dont le Pacte mondial pour les réfugiés de 2018. Dans le domaine de l'éducation, la Mauritanie a ratifié la Convention relative aux droits de l'enfant de 1989, qui contient un engagement spécifique en faveur de l'éducation. Un décret de 2005 précise également que les réfugiés doivent bénéficier du même traitement que les nationaux en ce qui concerne l'accès aux soins médicaux, au marché du travail, à la sécurité sociale et à l'éducation. Ces dispositions ont posé des bases solides pour la planification de l'inclusion.

2. La planification de l'inclusion fait partie de tous les plans 

Le plan d'action chiffré pour l'inclusion a été défini en parallèle d’une réforme plus large du système éducatif et du dernier plan sectoriel d'éducation du pays. Le moment était donc idéal pour améliorer le système éducatif, non seulement pour les apprenants réfugiés, mais aussi pour la communauté d'accueil. Pour garantir une mise en œuvre efficace, le modèle de simulation financière créé pour le plan sectoriel était aussi harmonisé avec le plan d'action chiffré pour l'inclusion. 

Comme plusieurs processus de planification se déroulaient en même temps, il a également été possible d'intégrer l'inclusion comme question transversale dans tous les sous-secteurs de l'éducation. Cela démontre la forte volonté politique des autorités éducatives mauritaniennes de fournir un cadre propice et intégré pour l'inclusion. 

3. Une vision collective 

Les réfugiés sont considérés comme faisant partie intégrante de la société mauritanienne, et l'inclusion dans le secteur de l'éducation fait partie d'une campagne plus large qui s'étend à d'autres secteurs tels que la santé et l'emploi. Par exemple, dans le camp de Mbera, les centres de santé sont désormais gérés par le ministère mauritanien de la Santé, et des mesures sont prises pour donner aux réfugiés une plus grande visibilité dans les statistiques nationales. Le secteur de l'éducation est donc considéré comme la prochaine étape du parcours de la Mauritanie vers une plus grande inclusion. 

Les partenaires techniques et financiers appellent également à la fin du système éducatif parallèle. Avec la diminution du financement humanitaire et la présence prolongée des réfugiés et des demandeurs d'asile en Mauritanie, l'inclusion est de plus en plus considérée comme la voie vers la durabilité et la résilience. De même, au sein de la communauté des réfugiés, il y a un consensus croissant pour rejoindre le système mauritanien afin de s'intégrer dans leur nouveau pays et de bénéficier d'enseignants qualifiés. 

Cette vision collective a conduit à une forte appropriation nationale, ce qui est essentiel à une mise en œuvre effective pour que les politiques d'inclusion deviennent une réalité. 

Rejoignez-nous pour la deuxième partie de cette série de blogs, qui se concentrera sur la transition du programme malien au système éducatif national mauritanien.