Utilisation des données d’évaluation des apprentissages : ce qui a été observé dans six pays d’Afrique subsaharienne

24 Février 2021

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Des adolescentes dans une salle de classe au Ghana.

Les évaluations des apprentissages ont pris une place importante dans les systèmes éducatifs du 21e siècle. Qu’il s’agisse d’évaluations internationales à grande échelle ou de tests menés à l’initiative des citoyens, de nombreux instruments visent à mesurer la qualité de l’apprentissage des élèves. Mais que fait-on de toutes ces données, quels sont les risques et ont-elles une influence sur la prise de décision et la planification dans le domaine de l’éducation ?

Un projet de recherche mené par l’UNESCO se penche sur ces questions en Afrique subsaharienne et en Amérique latine. Dans le cadre de ce projet, l’IIPE vient de publier six notes d’orientation et fiches d’information, qui décrivent en détail l’utilisation des données d’évaluation des apprentissages dans le cycle de planification en Gambie, au Ghana, en Guinée, en Namibie, au Sénégal et en Zambie. Les notes d’orientation donnent aussi des recommandations aux responsables des politiques nationales, aux planificateurs et aux acteurs internationaux, ce qui pourrait s’avérer très utile pour aider les acteurs de l’éducation à mieux utiliser les données d’évaluation des apprentissages.

« L’une des conclusions les plus frappantes de cette recherche est que les pays dans leur ensemble n’exploitent pas suffisamment les données d’évaluation des apprentissages, alors même qu’elles ont un fort potentiel d’amélioration des politiques, ce qui aurait à son tour pour effet de faire augmenter les résultats des apprentissages », explique Ieva Raudonyte, chercheuse associée de l’IIPE. 

Quels sont les freins à l’utilisation des données d’évaluation de l’apprentissage ? Voici quatre grandes conclusions des recherches de l’IIPE sur les solutions à mettre en œuvre :   

1. Communiquer sans relâche sur les données d’évaluation des apprentissages

Une communication insuffisante ou manquant de clarté empêche souvent l’utilisation des données d’évaluation des apprentissages lors de la prise de décision et de la planification. Selon Ieva Raudonyte, « il faut communiquer rapidement sur les données d’évaluation des apprentissages pour qu’elles puissent alimenter le cycle de planification au bon moment ». Et il ne faut pas en rester là : le rapport d’évaluation doit inclure des recommandations pragmatiques et un suivi planifié auprès de tous les différents acteurs qui participent aux évaluations, même s’ils n’ont pas toujours les mêmes priorités. « Cette recherche nous a montrél’opposition entre les techniciens, qui produisent les données d’apprentissage, et les responsables de l’élaboration des politiques, qui doivent prendre des décisions en fonction de ces données, explique la chercheuse. La façon dont elles leur sont présentées n’est pas toujours facile à lire. » La recherche a aussi permis de repérer des difficultés relatives à la diffusion des données entre les niveaux centralisés et décentralisés des systèmes éducatifs.

2. Veiller à ce que la capacité technique soit à la hauteur

Les acteurs de l’éducation doivent avoir la capacité technique et les compétences nécessaires pour analyser – et utiliser – les données d’évaluation des apprentissages. Il s’agit d’une condition essentielle pour qu’ils s’approprient les processus d’évaluation. « Il est en effet primordial que les acteurs à l’échelle nationale s’approprient les évaluations des apprentissages, affirme Ieva Raudonyte. Lorsque des acteurs nationaux acquièrent les compétences nécessaires pour analyser et mieux exploiter les données, ils peuvent jouer un rôle moteur en interne pour encourager l’utilisation des données d’évaluation. » En ce sens, le renforcement des capacités techniques – de manière endogène – peut contribuer à développer et à renforcer la culture de l’évaluation des apprentissages dans son ensemble de manière plus durable et efficace. La recherche a également établi qu’en cas de taux de renouvellement du personnel élevé au sein des unités d’évaluation, les compétences techniques nécessaires peuvent venir à manquer et le besoin de formation du nouveau personnel peut augmenter. 

3. Faire attention au niveau d’analyse

Les données d’évaluation des apprentissages peuvent être un moyen d’obtenir de nombreuses informations précieuses sur qui apprend et où dans un pays donné. « Cependant, si l’on veut que les décideurs utilisent les données d’évaluation des apprentissages de manière utile, elles doivent répondre à leurs besoins et être ventilées, que ce soit par région, par genre ou selon d’autres caractéristiques des élèves et des enseignants. Un certain niveau d’analyse est requis », explique Ieva Raudonyte. La question de la collaboration et du renforcement des capacités revient alors à la surface : si on n’encourage pas une culture d’évaluation des apprentissages, un bon niveau d’analyse ne suffira pas. Mais tout cela prend du temps : « Les évaluations des apprentissages ne sont pas qu’un exercice mécanique qui se déroule en arrière-plan. » 

4. Trouver un équilibre pour le financement des évaluations des apprentissages 

Les pays ont besoin de différentes sources pour financer les évaluations des apprentissages. En effet, au lieu de s’en remettre uniquement à des sources de financement externes, ils doivent aussi augmenter régulièrement la part de ressources nationales investies. Cela peut avoir un effet déterminant sur la manière dont les acteurs s’approprient les données et sur leur autonomie quant à la gestion – deux facteurs essentiels si l’on veut que les décideurs reçoivent des données pertinentes pour élaborer les politiques. La recherche a aussi mis en évidence la nécessité de faisabilité financière lors de la définition des recommandations basées sur les données d’évaluation des apprentissages.

Quel est le lien avec l’apprentissage ? 

Les données d’évaluation des apprentissages représentent un potentiel énorme. Ieva Raudonyte rappelle cependant que de bonnes données d’évaluation des apprentissages ne se traduisent pas automatiquement par de bonnes politiques éducatives. « Élaborer des politiques pour améliorer l’apprentissage est un processus complexe, explique-t-elle. Les données issues des évaluations des apprentissages sont un outil important qui, s’il est correctement utilisé, peut contribuer à mieux éclairer les politiques sur l’apprentissage. »

Les conclusions de la recherche en Amérique latine seront également disponibles en 2021, ce qui simplifiera les discussions d’un continent à l’autre.

 

 

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