COVID-19 et fermeture des écoles : pourquoi les filles sont plus à risque

29 Avril 2020

Fermer les écoles. C’est la solution retenue par un nombre sans précédent de pays pour tenter de ralentir la progression de la COVID-19. Il est aisé d’imaginer qu’élèves et étudiants sont plus en sécurité à la maison plutôt que dans la promiscuité d’une salle de classe. La réalité est toutefois plus nuancée : pour des millions de filles et de jeunes femmes, en particulier dans les pays les moins avancés, ces fermetures engendrent d’autres risques.

Introduisant un récent webinaire de l’UNESCO, Suzanne Grant Lewis, directrice de l’Institut international de planification de l’éducation, a souligné que « l’éducation, tout comme les sexospécificités, sont négligées dans la réponse aux crises sanitaires. Nous devons porter plus d’attention à la dimension genre de la fermeture des écoles».

Quelles sont les sexospécificités de la crise ?

Travail domestique
Dans beaucoup de sociétés, le travail domestique non rémunéré et la charge des enfants incombent avant tout aux femmes et aux filles. Ces tâches ménagères et familiales prennent encore plus d’importance lorsqu’écoles et entreprises ferment leurs portes et que le confinement s’impose. Cela affecte le travail des femmes qui, dans de nombreux contextes, composent l’essentiel du personnel enseignant. Cela affecte aussi les filles, qui sont alors dans l’incapacité de poursuivre leur apprentissage à distance.

Provision de soins
Les soins sont le plus souvent assurés par les femmes et les filles que cette tâche soit rémunérée ou non. Celles-ci sont dès lors plus exposées au risque de contamination, au sein des structures de santé ou à la maison. Ainsi, 72% du personnel soignant touché par le coronavirus en Espagne sont des femmes. Elles sont 66% en Italie. Voir les données liées au genre sur le site de UN Women.

Violence domestique
Les risques que la fermeture des écoles – un espace de sécurité autant que d’apprentissage – fait peser sur les filles ne se limitent pas au virus lui-même. Le confinement entraîne en effet un risque accru de violence domestique et d’abus sexuel. Les données déjà disponibles indiquent que la violence domestique a augmenté dans des pays aussi divers que l’Argentine, la France et Singapour.

Santé sexuelle et reproductive
En Sierra Leone, l’épidémie d’Ebola a conduit à une hausse massive des grossesses précoces. Selon les enfants touchés par la crise, celles-ci étaient directement liées à la fermeture des écoles. Dans certaines communautés, la maternité deviendra une barrière permanente au retour des jeunes filles concernées sur les bancs de l’école une fois passée la crise de la COVID-19. Par ailleurs, les ressources et les structures habituellement dédiées à la maternité et à la santé reproductive pourraient être réorientées vers la lutte contre la pandémie. Cela ferait alors peser des menaces supplémentaires sur la santé et la sécurité des adolescentes et des jeunes femmes.

Comment faire face?

Les autorités éducatives doivent prendre des mesures pour éviter une inversion désastreuse des progrès réalisés en matière d’éducation des filles et des jeunes femmes. Dans son intervention, Suzanne Grant Lewis a tiré la sonnette d’alarme, avertissant sur les risques de voir les inégalités de genre exacerbées par la COVID-19. Elle a exhorté les communautés à agir rapidement et a suggéré un certain nombre de mesures :

  1. Garantir une représentation équitable des femmes dans la prise de décision relative à la crise et s’appuyer sur leur expertise ; 
  2. Produire des données en lien avec la crise ;
  3. S’appuyer sur les réseaux de femmes, au niveau communautaire, pour organiser la réponse à la crise ; 
  4. Encourager les filles à poursuivre leur apprentissage durant et après la crise, et à se soutenir mutuellement ;
  5. Encourager hommes et femmes à partager les tâches familiales et ménagères, à la maison comme au sein de la communauté ;
  6. Dénoncer la violence domestique et mettre en place des lieux d’accueil sûrs pour les victimes d’abus.


Les planificateurs de l’éducation doivent garder à l’esprit les menaces particulières que la fermeture des établissements scolaires, en raison du coronavirus, fait peser sur les filles et les jeunes femmes. La fracture numérique entre les sexes doit notamment être surmontée pour que les filles puissent bénéficier des solutions d’apprentissage à distance ; les horaires doivent être aussi flexibles que possible pour que l’apprentissage puisse s’organiser autour des tâches domestiques ; et des mesures ciblées devraient être prises pour permettre au plus grand nombre possible de filles et de jeunes femmes de retourner à l’école dès que les établissements rouvriront leurs portes.

“Une problématique universelle”

Aucun pays ne peut se permettre d’ignorer les sexospécificités de la fermeture des écoles liée à la COVID-19. Comme le relève Suzanne Grant Lewis, « c’est une problématique universelle. Tous les Etats doivent examiner comment cette crise peut approfondir les inégalités de genre et prendre des mesures qui s’imposent pour y faire face. ». L’impact réel de la crise ne sera pas connu avant un certain temps, mais il est crucial de garantir que les filles ne mettent en péril ni leur éducation, ni leur avenir.

L’initiative « Priorité à l’égalité » 

L’IIPE est un partenaire-clé de l’initiative « Priorité à l’égalité » qui concerne huit pays d’Afrique sub-saharienne :  Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Mali, Tchad, Sierra Leone, Nigéria et Mozambique. Lancée en 2019 lors du sommet du G7 à Biarritz (France), elle reconnaît l’urgence d’assurer l’accès à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et de surmonter les barrières à l’éducation auxquelles les filles et les jeunes femmes continuent d’être confrontées.

Les effectifs scolaires mondiaux montrent que des progrès ont été réalisés en matière d’égalité des sexes. 52 millions de filles et de jeunes femmes n’ont toutefois toujours pas la possibilité d’aller à l’école en Afrique sub-saharienne. L’Initiative « Priorité à l’égalité » entend accompagner et renforcer les compétences et structures existantes afin de faire avancer l’égalité de genre dans les systèmes éducatifs. Elle soutiendra des améliorations dans des domaines tels que la formation des enseignants, les programmes et matériels d’enseignement ou encore les environnements d’apprentissage sûrs.

Coordonnée par l’Initiative des Nations Unies en faveur de l’éducation des filles (UNGEI), elle réunit des partenaires tels que l’UNICEF, le Partenariat mondial pour l’éducation, ainsi que des organisations non-gouvernementales. L’IIPE en assure la direction technique, en étroite collaboration avec les ministères de l’Éducation des pays concernés.

Pour en savoir plus, Fabricia Devignes, responsable de programme technique : mf.devignes@iiep.unesco.org

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