De l’exclusion à l’inclusion: parcours d’un enseignant kenyan aveugle

30 Juillet 2020

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Kangundo DEB integrated primary school
Peter Nzioka, a primary school teacher, is standing behind the school's sign with colleagues.

Peter Nzioka glisse ses mains autour des fils métalliques. Un enseignant de l’école primaire du comté de Machakos au Kenya, s’active à tordre la matière pour former des lettres et permettre ainsi à Peter, qui est aveugle, d’apprendre l’alphabet. C’est cet enseignant qui a instillé à Peter cette soif d’apprendre qui ne l’a plus quitté depuis. Il fait toutefois figure d’exception.

Dès son plus jeune âge

Peter Nzioka, aujourd’hui âgé de 38 ans, a neuf mois lorsqu’il se cogne contre un pot d’eau bouillante. Sa famille le fait examiner par un médecin, qui lui diagnostique des problèmes de vue. Peu après, il devient aveugle.

Peter grandit au sein d’une famille de six enfants. Pendant longtemps, il regarde ses frères et sœurs partir à l’école et passe l’essentiel de son temps à la maison dès lors que les écoles locales n’accueillent pas d’élèves en situation de handicap. Les écoles spécialisées sont, elles, trop éloignées de son lieu de résidence et trop onéreuses.

A 6 ans, il accompagne son frère aîné à l’école primaire. « Je me sentais bizarre. Je ne pouvais rien faire, car je ne voyais rien », se rappelle-t-il. « La plupart des enseignants écrivaient au tableau, mais je ne voyais pas ce qu’ils faisaient. » Après un trimestre, il renonce.

Un nouveau départ

Trois ans plus tard, un bon samaritain – un enseignant d’une localité voisine rencontré par sa mère – l’aide à s’inscrire à l’école pour les aveugles de Thika. « Les enseignants nous soutenaient et nous avions droit à un dossier scolaire. » Des médecins d’un hôpital ophtalmologique procèdent à des visites médicales mensuelles et assurent le suivi des traitements.

Peter Nzioka réussit bien à l’école. Le non-paiement des frais de scolarité le force toutefois à arrêter en sixième année. C’est alors qu’un voisin – aussi cuisinier de l’école – lui suggère d’en parler au directeur de l’établissement. « J’ai pu ainsi reprendre et finir l’école, sans avoir à payer les frais. » En 1998, il entre en secondaire.

D’autres défis l’attendent, à commencer par la stigmatisation et l’absence d’infrastructures appropriées. Les frais de scolarité s’accumulent également et ce directeur n’est pas aussi compréhensif que le précédent.  « J’ai à nouveau quitté l’école pendant un an et demi, jusqu’à ce que l’homme qui m’avait déjà aidé me mette en contact avec la Liliane Foundation », explique-t-il. La détermination de Peter convainc la fondation de le soutenir, en dépit de ses lacunes scolaires.

« Je me suis accroché et j’y suis parvenu »

« Je suis alors retourné à l’école, mais ma classe était passée au niveau supérieur. J’ai donc intégré une autre classe. Je me suis accroché et j’y suis parvenu », raconte Peter Nzioka. Et en 2002, il obtient son diplôme de fin d’études secondaires.

Peter s’inscrit alors dans un cours de fabrication de chaussures, en dépit de sa passion pour l’enseignement. Il lui faudra encore trois ans pour parvenir à intégrer le cursus de formation des enseignants et trois années supplémentaires pour obtenir une place auprès de la Commission des services aux enseignants (TSC). Il obtient également le diplôme d’enseignement aux enfants ayant des besoins spéciaux. Et finit par devenir enseignant à l’école intégrée de Kangundo DEB en 2010.

« Peter Nzioka est une source d’inspiration, un modèle, pour les élèves et un des administrateurs de notre écoles »
Kivuva Bernard, directeur de l’école de Kangundo DEB.

Un chemin éducatif pour tous

Aujourd’hui, Peter Nzioka enseigne à des élèves en dernières années du primaire et premières années du secondaire. « Je me sens bien dans cette carrière », dit-il. Il explique que les enfants avec des déficiences visuelles rejoignent le cursus ordinaire à partir de la cinquième. Sa mission consiste désormais à s’assurer qu’aucun de ses élèves ne prenne du retard. « Nous sommes une et unique classe. Lorsque vous enseignez dans des classes intégrées, vous devez prendre le temps nécessaire à tous les enfants. »


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L'école de Peter Nzioka

De quel soutien les enseignants souffrant d’un handicap ont-ils besoin dans un environnement scolaire inclusif ?

Peter Nzioka, un enseignant aveugle, doit faire face à de nombreux défis. Kivuva Bernard, directeur de l’école de Kangundo DEB, au Kenya, détaille les mesures prises par la communauté éducative pour le soutenir au mieux :

  • Une orientation adéquate
  • Un accent mis sur le travail en équipe
  • Des services, équipements et matériels d’enseignement appropriés
  • Une aide lorsque la vue est nécessaire

 

Formation
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