Ces jeunes jamaïcains rêvent d’études supérieures : ils racontent leurs parcours

13 Janvier 2022

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Les élèves Sashana Walker (en haut à gauche), Tajah Eccleston (en haut à droite), Kadiann Edwards-Pryce (en bas à gauche) et Oriana Morris (en bas à droite).

Enseignant, restaurateur, travailleur social : ce sont quelques-unes des voies professionnelles empruntées par les jeunes jamaïcains bénéficiant de parcours d'apprentissage flexibles. Les deux dernières années d'enseignement secondaire (les classes de 12e et 13e) n'étaient auparavant proposées que dans les lycées d'enseignement général. Une nouvelle recherche, menée par The University Council of Jamaica (UCJ) avec l'IIPE, a éclairé la réforme faisant passer les études secondaires de cinq à sept années pour tous les élèves. Cet allongement aide les élèves à réaliser leurs rêves.

Quand Oriana Morris a terminé sa 11e année au lycée d'Ocho Rios, elle ne pensait pas aller à l'université. « J'allais renoncer à poursuivre mes études », explique-t-elle. Ses ambitions ont pris un nouveau tournant lorsqu’un enseignant lui a parlé du Programme d’avancement de carrière (PAC) proposé par le Moneague College, une institution locale d’enseignement supérieur. D’une durée de deux ans, le PAC est une initiative gouvernementale permettant d’envisager des passerelles entre l’enseignement général, l'enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) et l'enseignement supérieur. 

« Mon rêve est d'ouvir mon propre restaurant », confie Oriana Morris. Grâce à ce programme, elle a pu poursuivre son parcours scolaire et bénéficier d'une bourse d'études en vue d’obtenir un diplôme d'associé professionnel (Occupational Associate Degree ou OAD, en anglais). Elle pourra ainsi faire des études dans le domaine de la restauration et apprendre à faire un plan de financement.

« En raison de mes origines modestes et de ma formation, je ne me voyais pas vraiment aller à l'université »

Quand elle était élève dans le secondaire, Kadiann Edwards-Pryce rêvait d'être enseignante. Elle ne pensait pas que ce rêve se réaliserait. « En raison de mes origines modestes et de ma formation, je ne me voyais pas vraiment aller à l'université », explique-t-elle. Cependant, après avoir reçu une bourse pour un OAD elle a décroché son diplôme d'enseignement.

Aspirant travailleur social, Tajah Eccleston a lui aussi bénéficié du PAC. Il a récemment obtenu un diplôme en externalisation des processus d’entreprise à l'Université des Caraïbes du Nord. Bien que la COVID-19 ait ralenti sa recherche d'emploi, il postule actuellement à des offres, tout en aidant les jeunes de sa communauté à apprendre à lire. « Le diplôme d'associé m’a ouvert tellement de portes », constate-t-il.

Sashana Walker, également diplômée du PAC, est d'accord avec lui. Lorsqu'elle a quitté le lycée après la 11e, elle ne savait pas quoi faire, jusqu'à ce qu'elle découvre l’existence du PAC. « Quand j'ai appris que le gouvernement allait financer ce Programme, je me suis dit : pourquoi ne pas essayer ? », raconte-t-elle, ajoutant que les élèves d'aujourd'hui sont chanceux car ils peuvent entrer automatiquement dans les deux années ajoutées.

Mettre en place des classes de 12e et 13e dans toutes les écoles secondaires

Ces parcours de vie résonnent avec ceux de nombreux autres élèves de 11e année en Jamaïque. Auparavant, seuls certains lycées proposaient les 12e et 13e années. En effet, seuls 35 % des 40 000 élèves jamaïcains allant au terme de leur onzième année passaient chaque année en Sixth Form, qui correspond au cycle de Première et de Terminale. Ces deux dernières années de l'enseignement secondaire sont destinées aux élèves âgés de 16 à 18 ans préparant le Caribbean Secondary Education Certificate. Autrement dit, de nombreux élèves terminaient leurs cinq années d'école secondaire sans aucune certification officielle pour entrer sur le marché du travail ou dans l'enseignement supérieur.

Cette situation est en train de changer puisque le ministère de l'Éducation, de la Jeunesse et de l'Information généralisera les sept années d'enseignement secondaire dans toutes les écoles publiques d'ici la rentrée 2022, ainsi que dans 24 écoles privées et dix établissements publics post-secondaires.

Grâce à cette réforme, « chaque élève a la possibilité d’exploiter pleinement son potentiel, en obtenant une certification pour entrer sur le marché du travail ou en poursuivant dans l'enseignement supérieur », indique Fayval Williams, ministre de l’Éducation, de la Jeunesse et de l'Information.

Des politiques fondées sur des éléments factuels

Ce changement majeur de politique repose sur une recherche menée par l'UCJ. Le rapport sur un enseignement supérieur intégré, en soutien aux parcours d’apprentissage flexibles en Jamaïque [en anglais], étudie l'efficacité des parcours d'apprentissage flexibles mis en place par le gouvernement jamaïcain. Les objectifs sont de mieux comprendre comment les politiques bénéficient aux apprenants défavorisés, et d'élaborer des recommandations pour élargir l'accès à un enseignement supérieur équitable et de qualité, ainsi qu'à des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour toutes et tous.

Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de l'étude mondiale de l'IIPE sur la planification des parcours d'apprentissage flexibles, visant à aider les pays à atteindre l'Objectif de développement durable 4, en faveur d’une éducation inclusive, équitable et de qualité pour toutes et tous. Dans le cas de la Jamaïque, la recherche révèle comment des programmes tels que le PAC et l'OAD donnent aux étudiants de nouvelles possibilités de transition entre l'EFTP et l'enseignement supérieur, leur permettant ainsi de suivre des voies alternatives pour atteindre leurs objectifs.

L'étude montre également comment le Cadre national des certifications de Jamaïque agit comme un outil clé en matière d’équité. Il aide en effet les personnes à entrer dans un parcours d’enseignement supérieur, à y progresser et à obtenir un diplôme en tenant compte de tous les types d'apprentissages antérieurs. L'étude a également mis en évidence certains aspects qui mériteraient une plus grande attention. Parmi eux, la manière d'intégrer le PAC et l'OAD dans les établissements secondaires, ou la nécessité de mieux faire connaître le Cadre national des certifications de Jamaïque afin de mieux l'utiliser pour les transferts de crédits et la reconnaissance des précédents apprentissages.

« L'allongement de la durée des études secondaires à sept ans pour tous les élèves est essentiel pour garantir une plus grande équité, qualité et inclusivité dans le secteur de l'enseignement supérieur. Cela change véritablement la donne, déclare Dawn Barrett Adams, co-auteur de l'étude et responsable de l'accréditation de l'UCJ. Lorsque vous donnez aux jeunes deux années supplémentaires, cela augmente leurs chances d'obtenir la certification dont ils ont besoin pour entrer sur le marché du travail ou dans l'enseignement supérieur. »

De son côté, la co-auteure Carolyn Hayle, chercheuse et ancienne présidente de l'UCJ, affirme que ces parcours alternatifs aideront la Jamaïque à atteindre son objectif d’augmenter les inscriptions dans l'enseignement post-secondaire et supérieur. « Le système éducatif sera mieux articulé et plus homogène. Il ouvrira des portes et offrira de nouvelles opportunités aux élèves», explique-t-elle.

Certains étudiants, comme Geovaughni Green, profitent déjà de la réforme. Grâce aux nouvelles filières, il fait des études dans le domaine de la restauration. Il souhaite à terme chercher un emploi à l'étranger. « Je vois [la réforme] comme une opportunité d'obtenir des qualifications pour entrer dans le monde du travail », indique-t-il.

 

A l'avenir, la Jamaïque aimerait voir 80 % des apprenants potentiels s'inscrire dans l'enseignement supérieur. « Nous sommes probablement autour de 60 % actuellement », a indiqué le ministre de l'Éducation lors du lancement virtuel de la recherche. « J'aimerais pousser ce chiffre encore plus haut ».

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