Les 3 piliers du plan pour l’éducation de l’Afghanistan

13 Février 2018

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UNICEF Afghanistan.
Informal Settlement Returnees from Pakistan, CBE Schools, Laghman.

En matière d’éducation, l’Afghanistan a accompli des pas de géant depuis la chute du régime des Talibans. Le nombre de filles scolarisées n’a jamais été aussi élevé, et des milliers d’écoles ont vu le jour un peu partout sur le territoire. Mais en parallèle, en raison du contexte instable, nombre d’écoles ferment et 3,5 millions d’enfants ne jouissent pas de leur droit à une éducation de qualité. Un nouveau plan pour l’éducation sera-t-il en mesure d’accélérer les progrès ?


Le troisième plan stratégique national pour l’éducation (NESP-III pour National Education Sector Plan) actuellement en place orientera les politiques éducatives jusqu’en 2021. Élaboré et approuvé à la fois par le gouvernement de l’Afghanistan et par ses partenaires, il met l’accent sur la qualité et la pertinence de l’éducation, sa gestion efficace et transparente et l’équité de l’accès.

Une histoire à deux facettes

Ce plan, élaboré avec le soutien technique de l’IIPE, fait partie des nombreuses évolutions que traverse le système éducatif afghan. Depuis la chute du régime des Talibans en 2001, de nouvelles perspectives éducatives sont apparues pour nombre de personnes.

Le taux de scolarisation a été multiplié par neuf, passant de moins d’un million d’inscrits en 2001 à 9,2 millions en 2016. Le nombre d’écoles a lui aussi grimpé en flèche : alors qu’on en comptait 3 400, il en existe aujourd’hui 16 400 et le financement des enseignants est devenu une priorité. Près de 40 % des élèves aujourd’hui scolarisés sont des filles (elles ne représentaient qu’un pour cent des inscrits sous les Talibans) et l’éducation communautaire a offert de nouvelles possibilités aux enfants non scolarisés des régions reculées.

Des défis de taille restent à relever

Vu sous un autre angle, cet exemple de réussite dans le secteur de l’éducation comporte aussi ses zones d’ombre.

« En Afghanistan, il est urgent de prendre en charge les enfants non scolarisés, indépendamment des questions de sécurité ou des situations de catastrophe » a affirmé Abdul Wassay Arian, directeur général de la planification et de l’évaluation au ministère de l’Éducation, lors d’une visite à l’IIPE fin 2017.

Trois millions et demi d’enfants (dont 75 % de filles) ne vont toujours pas à l’école. D’autres se déscolarisent au fil du temps par manque de moyens, d’enseignantes compétentes dans les écoles rurales et d’installations correctes pour accueillir les élèves. Près de la moitié des écoles n’ont pas de bâtiment ou d’installation propre.

Pour ceux qui vont effectivement à l’école, les résultats des apprentissages laissent souvent à désirer et les compétences assimilées ne correspondent pas à la réalité du marché du travail. Selon A. W. Arian, cette situation mène parfois les familles à douter de l’utilité de l’éducation.

L’instabilité prolongée est un autre facteur de déscolarisation pour une multitude d’enfants. En 2016, un millier d’écoles environ sont restées inactives ou fermées.

Associer assistance humanitaire et aide au développement

Pour remédier à cette situation, le ministère de l’Éducation et ses partenaires tâchent de concilier les efforts de l’assistance humanitaire et les travaux de développement dans le secteur éducatif. L’objectif est de venir en aide aux laissés-pour-compte et de permettre une évolution à long terme tout en répondant également aux besoins les plus immédiats.

Lors d’une intervention à la réunion du Global Education Cluster à Bruxelles, fin 2017, A. W. Arian a ainsi déclaré : « Les objectifs contribuent à redonner à ces enfants un semblant de normalité et à leur fournir des perspectives adaptées à leur âge en matière d’éducation, comme des espaces d’apprentissage temporaires, des écoles communautaires et des classes de rattrapage ».

Trois domaines clés : qualité, accès, gestion efficace

Le nouveau plan afghan d’éducation met en lumière trois domaines clés : qualité et pertinence, équité de l’accès, et gestion efficace et transparente.

Le ministère s’efforce de renforcer les capacités du système éducatif pour mettre au point un programme solide et pertinent, assorti d’un système de suivi et d’évaluation. Dans le même temps, le plan vise à renforcer les capacités des écoles à fournir une éducation pertinente et de qualité qui garantisse aux diplômés l’acquisition de compétences conformes aux besoins du marché du travail.

En matière d’équité de l’accès, le ministère s’emploie à comprendre qui sont les enfants non scolarisés et pourquoi ils ne sont pas à l’école. Une enquête devrait permettre de trouver le moyen de les scolariser.

Pour certains d’entre eux, c’est la sécurité sur le trajet ou la distance entre le foyer et l’école la plus proche qui peut poser problème. Pour y remédier, le ministère souhaite mettre en place davantage d’écoles communautaires afin de de scolariser les enfants les plus isolés. Autre enjeu de taille : trouver par quels moyens faire venir les enseignantes les plus qualifiées et les inciter à rester, notamment dans les zones rurales, ce qui accélèrerait par ailleurs les efforts d’amélioration de l’éducation des filles au niveau national.

L’accent placé par le plan sur la gestion efficace et transparente sous-tend les deux autres domaines, qualité et accès. Il s’agit de mettre en place une réforme structurelle qui permettra au ministère de l’Éducation d’adopter une approche davantage axée sur les résultats et les compétences.

Il sera en outre essentiel d’assurer une allocation équitable des ressources pour gommer les énormes disparités entre zones urbaines et rurales et contribuer à confirmer les nouveaux postes et budgets dans les provinces du pays. Améliorer la gestion renforcera tout le secteur éducatif, des services administratifs aux salles de classe, et apportera aussi des réponses à la question de la corruption, préoccupation majeure.

Pour en savoir plus sur le nouveau plan pour l’éducation de l’Afghanistan, rendez-vous sur notre portail Planipolis et consultez tous les documents et plans d’éducation officiels du pays.

 

L’IIPE coopère avec l’Afghanistan depuis 2002. L’Institut a mis en œuvre trois grands programmes de coopération technique successifs en collaboration avec la direction de la planification du ministère de l’Éducation de l’Afghanistan, grâce à des financements norvégiens, danois et suédois. Ces travaux seront bientôt évalués et un nouveau projet de coopération technique pluriannuel, actuellement en cours d’élaboration, devrait démarrer mi-2018.